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Le Consul d'Algérie à Montpellier
écrit à Midi Libre
La CNFA lui répond (la réponse suit)
Hamid
HARAIGUE, consul Montpellier de la République algérienne démocratique
et populaire,
nous prie d'insérer.
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Votre quotidien
a publié deux chroniques de Mme Christine Clerc, deux pages
à la une et pas moins de sept articles tous consacrés à
l'Algérie et à son Président. Que nous vaut l'honneur de
cet intérêt soudain pour l'Algérie ?
Les réformes politiques et économiques qui y ont été engagées
?
Les multiples visites de Chefs d'Etat étrangers qui s'y
déroulent ?
Les visites de travail du Président à l'intérieur du pays
et l'accueil chaleureux qu'il y reçoit ? Les innombrables
projets d'investissement et de développement qui y voient
lejour?
Non, rien de tout cela mais bel et bien le lancement d'une
croisade contre un président réélu par la majorité des Algériens
et qui a à cœur de défendre la dignité de son peuple et
de rétablir la vérité sur la tragédie coloniale.
Ce que Mme Clerc et votre journal semblaient oublier dans
votre violent réquisitoire contre l'Etat algérien et son
président, c'est que l'Algérie est indépendante depuis 1962.Or,
vous persistez à lui dénier le droit de choisir son type
de société, son modèle d'enseignement, son droit d'édicter
des lois conformes à sa réalité et à ses aspirations, son
droit à choisir ses partenaires étrangers.
Vous vous arrogez même le droit de vous ingérer dans ses
affaires intérieures en reprenant à votre compte l'ancienne
devise coloniale du « diviser pour régner ». Et pour finir
vous allez jusqu'à nier que ce pays ait eu une histoire
avant l'arrivée des Français en 1830. Vous vous indignez
des déclarations du président Bouteflika mais vous oubliez
l'offense faite par la loi du 23 février 2005 à tous ces
Algériens morts pour sauver la France, à tous ces travailleurs
immigrés qui ont contribué avec leur sueur à l'essor de
la France et surtout au million et demi d'Algériens morts
pour l'indépendance de leur pays. |
Que faites-vous de la colère et de l'indignation
des Algériens qui n'ont connu des « effets positifs » de la colonisation
que la misère, le mépris, les massacres et la torture ?
Vous vous déclarez révoltés par les discours du président algérien.
Le traité d'amitié entre la France et l'Algérie n'est pas mort
comme vous le suggérez
REPONSE
DE LA CNFA
A Monsieur
HAMID HAREG,
Consul à Montpellier de la République algérienne démocratique
et populaire.
Monsieur le consul,
Après l'impudence des insultes qu'Abdelaziz Bouteflika vocifère
contre la France à l'occasion de ses tournées de propagande,
entre deux soins au Val-de-Grâce, vos propos parus dans
l'édition du MIDI LIBRE du 14 Mai dernier ont un relent
de provocation qui m'amène à vous rappeler ce qui suit.
Vous vous offusquez des propos de Madame Christine Clerc,
parus dans deux chroniques particulièrement lucides et pertinentes
de ce journal. Si ces articles se caractérisent, c'est en
effet par la vérité qui y est courageusement énoncée et
dont la rareté fait la qualité. Il vous a semblé bon d'y
voir une quelconque malveillance à l'égard du Président
algérien et quelques ressentiments à l'égard de sa grandeur.
Dés lors que vous faites référence à l'exemplarité que vous
paraissez trouver en Abdelaziz Bouteflika, permettez-moi
de vous conseiller de retenir la haute considération en
laquelle il tient la médecine française et de mettre à profit
votre domiciliation en notre bonne ville de Montpellier
pour faire soigner l'amnésie chronique que révèlent vos
propos.
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En effet, vous omettez que votre président « réélu par la majorité
des Algériens et qui a à cœur de défendre la dignité de son peuple
» est le candidat du FLN qui est le Parti de votre « démocratie
» au pouvoir depuis Juillet 1962, après qu'il eut physiquement
éliminé en masse vos coreligionnaires du PPA puis du MNA qui étaient
engagés pour l'indépendance vingt ans plus tôt .
Aujourd'hui, il est l'otage de la soldatesque FLN qui depuis 1962
s'est livrée à l'élimination physique de toute opposition au régime
qui est aux mains du Parti.
Avec la Charte pour la paix et la renonciation nationale, il a
auto amnistié par ordonnances, en septembre 2005, les responsables
de ces crimes au mépris du Pacte international relatif aux droits
civils et politiques pourtant ratifié par l'Algérie le 12 septembre
2005.
Ainsi, sont amnistiés les crimes des terroristes intégristes,
mais il convient de retenir que vos « patriotes » et leurs familles,
qui sont vos Harkis levés pour la défense de leurs villages, se
trouvent abandonnés et livrés aux vindictes de leurs « assassins
» de la veille.
Quant aux « innombrables projets d'intéressement et de développement
qui y voient le jour » (en Algérie) je ne vous ferai pas l'injure
de vous renvoyer à la lecture de la presse algérienne qui gargarise
le peuple des réserves en pétro dollars et qui, en même temps,
relate le désœuvrement endémique qui ruine votre société.
Surtout, n'imaginez pas que je nourrisse quelques velléités quant
à ce que doit être l'enthousiasme de votre jeunesse sans emploi
devant les chantiers de constructions concédés aux Chinois qui
s'y afférent au rythme des 3 x8.
S'il devait vraiment s'agir de « rétablir la vérité sur la tragédie
coloniale » il vous faudrait retrouver la mémoire ou regarder
avec honnêteté ce que vous et moi savons bien sur les réalités
de l'œuvre de la France en Algérie. Vouloir rattacher le patrimoine
de ce pays directement à l'héritage romain ne plaide pas non plus
pour l'état satisfaisant de la Mémoire.
En raccourci, je vous rappellerai la déclaration de Ferhat Abbas
qui rendait à la France d'avoir accompli en quelques années une
œuvre de paix entre les tribus et l'organisation profonde de ce
pays , ce dont Constantinople, disait-il, avait été bien incapable
de faire ; quant au Che Guevara il déclarait devant Alger en 1963
« comment « ils » vous ont laissé tout cela ? ».
Pour ne pas nous en remettre à d'autres, je vous invite plus simplement
à regarder ensemble le pont d'El Kantara à Constantine. Construit
par les romains, il sera détruit en 1304, il aura fallu attendre
plus de 4 siècles, pour voir Salah Bey en confier la reconstruction
en 1780 à un architecte mahonnais.
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Pour
ne prendre en exemple que cette ville des hauts plateaux
plus particulièrement jugée à fortedominante musulmane avant
1962, la France y a laissé au service des 100 000 habitants,
7 ponts dont 2, Sidi Rached et le Pont suspendu, qui demeurent,
plus d'un siècle après, de véritables prouesses techniques
et architecturales internationales.
Cinquante ans après notre départ, cette ville qui compte
1 200 000 habitants ou davantage, ne dispose pas d'un pont
de plus. Je me dois de vous rappeler que le conseil municipal
de Constantine, dont Emile Morinaud était le maire, a choisi
en 1908 de retenir le projet du pont que vous connaissez
: long de 447 mètres en trois courbes majestueuses avec
une arche centrale de 70 m d'ouverture et de 105 mètres
de hauteur. Il aura coûté plus du double du prix de l'ouvrage
initialement envisagé à seule fin de sauvegarder l'intimité
de l'habitat indigène surplombé par le premier projet.
Vous n'ignorez pas que le minaret qui domine l'entrée du
ravin en aval de ce même pont, comme tous ceux de vos villes
et villages qui illustrent encore aujourd'hui vos cartes
postales, a été construit par la France comme 80% de vos
mosquées actuelles. |
Voilà ce qu'a été aussi la colonisation
avec ses écoles et ses dispensaires de santé implantés au plus
profond du bled, ses villes et ses villages, ses routes, ses ponts,
ses barrages, ses lignes électriques, ses voies ferrées, ses aéroports,
sans oublier le défrichement de toutes les zones de cultures trouvées
à l'état sauvage en 1830.
Voilà, Monsieur le consul, livré en quelques bribes, un exemple
de ce que sont les matériaux incontournables d'une mémoire en
état de fonctionner honnêtement et, ce faisant, de bâtir un avenir
sérieux.
Ni vous ni moi ne sommes dupes de la trompeuse mise en scène des
événements du 8 mai 1945 de Sétif...
Vous et moi savons bien que la population française d'Algérie
mobilisée en France et en Allemagne à raison de 16% de ses membres
n'était composée dans ces moments que de femmes, d'enfants et
de vieillards ; que le soulèvement a été lancé par le grand mufti
de Jérusalem via son adjoint à Genève, que la mobilisation des
montagnards appelés à déferler sur les villes et les villages
s'est faite au nom de la « guerre sainte » avec pour slogan «
tuez les chrétiens ».
Il en va de même du nombre de victimes et des fours nazis qui
ne sont que des élucubrations mensongères de propagande tendant
à occulter aux foules l'échec de la gestion politique et économique
de votre pays.
Vous n'êtes pas sans savoir que dans toute l'Algérie des espaces
territoriaux conséquents échappent à votre gestion laïque et républicaine
et que les concessions successives à ces dissidences de fait ne
résolvent rien.
S'agissant du « droit d'édicter des lois conformes à sa réalité
et à ses aspirations » que vous revendiquez fort justement pour
l'Algérie, vous ne paraissez pas gêné de l'ingérence de votre
jeune République populaire et démocratique dans le vote des lois
du Parlement français.
Laissons là ce que sont les obligations de vos charges au service
de vôtre gouvernement ; mais retenez que la repentance mise à
la mode par un Président français en déconfiture et un Président
algérien en situation d'échec avérée, passera comme le veut la
mode avec la saison.
Quand vous évoquez « le million et demi d'Algériens morts pour
l'indépendance de leur pays » je me permets d'appeler votre attention
sur le sérieux généralement attaché à l'arithmétique qui apparaît
bien atrophiée par le syndrome du 8 mai 1945. Donc pour les 500
000 morts il convient d'y incorporer les morts pour l'indépendance
d'après juillet 1962 dont on peut dire qu'il y en aura eu autant
avant qu'après.
Pour parier de « massacres et de tortures », je ne remonterai
pas à la sauvagerie des spectacles offerts par les Deys d'Alger
jusqu'en 1830 des empalements de la porte Bab Azoun ou des crochets
de supplices des remparts turcs du port d'Alger et non plus des
cages aux chats affamés des marchés d'esclaves de cette époque
où étaient dévorées les malheureuses esclaves récalcitrantes.
Je m'en tiendrai à regorgement et à l'éven- tration par vos combattants
de la libération de familles entières , voire de villages et à
la mutilation pour non obéissance au FLN . Il s'agit là de milliers
de victimes civiles, femmes et enfants compris, plus généralement
musulmanes comme vous monsieur le Consul.
Comme moi, vous savez que les massacres des douars Ilmane ou Béni
Mismel ,de Melouza ou d' El Halia ne sont que des exemples parmi
d'autres et qu'ils se répètent encore. Je veux toutefois insister
sur les 50, 60, 100, 130 000 harkis horriblement torturés et offerts
en pâture dans les villages aux combattants de, la 25 ème heure.
Assurément il restera toujours quelque chose à cacher de ces horreurs
fratricides. Ce n'est pas pour autant que les mensonges et les
hypocrisies doivent tenir lieu d'Histoire même officielle.
Quand vous évoquez « les travailleurs émigrés qui ont contribué
avec leur sueur à l'essor de la France » vous passez sous silence
les millions de travailleurs émigrés qui sont venus d'Italie,
de Pologne, d'Espagne, de Sicile du Maghreb et d'ailleurs trouver
en France la subsistance de leurs familles.
Vous paraissez ignorer que des millions de Français, d'Alsace,
d'Auvergne, de l'Aude et de l'Hérault, de Gascogne et de Bretagne
ont des siècles durant été appelés à mourir pour la France et
à travailler à la sueur de leur front pour son essor. Cette France
qui a apporté la paix entre les ethnies et les tribus, fait disparaître
les maladies endémiques et qui offre aujourd'hui à leurs enfants
et petits enfants la sécurité sociale, l'hospi- talisation et
le minimum vital, l'aide sociale et l'indemnité de chômage ; de
tout cela les Français originaires des ex « colonies » sont aujourd'hui
les bénéficiaires.
Les séquelles du passé sont le prix qui était à payer pour jouir
des conforts de la vie actuelle.
Quant à l'Algérie, elle aura hérité en Juillet 1962 d'un état
moderne en ordre de marche avec, en prime, une manne pétrolière
puisée dans les sables du Sahara.
Vous ne pouvez ignorer que ce territoire est par excellence une
conquête coloniale de la France sur laquelle les pays limitrophes
ont historiquement plus de droits que l'Algérie.
Au demeurant, l'uti possidetisjuris qui valide l'intangibilité
des frontières coloniales ne saurait résister à la responsabilité
de l'Algérie dans le génocide du Peuple Targui entrepris par l'Algérie
aux lendemains de son indépendance.
L'Histoire est là et, tôt ou tard, elle s'imposera à vous comme
à moi, à la France comme à l'Algérie.
Je voudrais terminer par quelques interrogations dont je crois
avoir, pour ma part et dans le souci d'un avenir apaisé et serein
entre nos deux peuples, au moins en partie, la réponse :
Pensez-vous , monsieur le consul, que l'avenir des Etats puisse
se bâtir durablement sur la manipulation des responsabilités historiques
respectives et les contorsions qu'elle impose à la Vérité ?
Pensez-vous que l'amitié des peuples et de leurs ressortissants
puissent s'établir par l'exhortation permanente des foules à voir
dans l'ami de demain le voisin d'hier réduit au cliché du raciste
profiteur.
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Ne pensez-vous
pas que l'évolution démocratique de l'Algérie, après le
« collège unique » généralisé en 1958, (dont on sait qu'il
a été de tout temps repoussé par les Oulémas tenants de
l'islamisation de l'Algérie) aurait été plus sereine et
plus profitable pour votre pays que les voies qui ont été
empruntées.
Enfin ne peut-on pas reconnaître que les Pouvoirs français
et algériens sont coresponsables du gâchis de 130 années,
de réussites et d'échecs, de labeurs conjoints et d'amitié
sincère entre le plus grand nombre des Algériens et des
Français d'Algérie ?
Le climat d'invectives, d'accusations ou de repentance larvée,
installé aujourd'hui entre la France et l'Algérie est-il
de nature à reconstituer ces liens nécessaires à un avenir
commun ?
Je vous prie d'agréer, monsieur le consul, avec mes salutations
distinguées, la fierté d'un Français de la quatrième génération
native d'Algérie pour l'œuvre réalisée par ses aines dans
ce pays, au nom de la France. |
Fred ARTZ
Crédit: Le magazine Pieds-Noirs d'hier et d'aujourd'hui -
N° 143 JUILLET- AOUT 2006
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