Une actualité chasse l’autre et Robert Redeker vit toujours sous
protection policière. Jacques Piétri n’entend pas l’oublier.
«Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre?»
demandait Robert Redeker, il y a plus d’un mois dans une tribune libre
du Figaro. Depuis, le philosophe vit en reclus, protégé jour et nuit
par les gendarmes qui se relayent devant sa porte toutes les quatre
heures.
Si les menaces qui pèsent sur Redeker ont été prises au sérieux par
le Ministère de l’Intérieur et son patron, les autres responsables
politiques, à quelques rares exceptions, ont fait preuve de couardise
pour ne pas dire de lâcheté et surtout d’irresponsabilité.
Les déclarations de Jacques Chirac sur ce sujet étant proprement scandaleuses
et dans une tradition munichoise qui semble s’inscrire dans une grande
tradition française.
Parmi les quelques personnalités apportant leur soutien moral à Redeker,
certaines d’entre elles ont cru devoir préciser qu’elles étaient en
désaccord avec le texte incriminé, mais qu’elles se battaient avant
tout pour la «liberté d’expression». C’est déjà mieux que rien, mais
il est à observer que la réunion de soutien à Redeker organisée à
Toulouse, le 15 novembre, n’a recueilli qu’un très faible écho dans
la presse, comme si ce professeur traînait après lui une odeur de
soufre et qu’il n’était décidément pas fréquentable. Seul, ou à peu
près, mais ce n’est pas une surprise, Alain Finkielkraut a remis les
pendules à l’heure et apporté un soutien sans ambiguïtés au philosophe
reclus.
Que l’on condamne ou soutienne du bout des lèvres Robert Redeker,
que l’on se cantonne aux problèmes de principe, qu’on approuve ou
blâme ses propos, que l’on se contente de lui apporter un soutien
«au nom du légitime choc des opinions», comme le dit BHL, il est indispensable,
de regarder au plus près ce qui a été exactement écrit dans le Figaro
du 19 septembre. À la première lecture du papier en question, je ne
me souviens pas avoir été choqué par l’outrance des propos; c’est
pourquoi je me suis replongé dans la lecture de l’article «fautif»,
la plume à la main.
On ne saurait oublier, d’entrée de jeu, que l’on est en face d’un
texte polémique, mais c’est la loi du genre dès lors qu’il s’agit
d’un texte très court, d’un texte d’humeur paraissant sous une rubrique
«débats» dont la vocation est par définition d’accueillir des épigrammes
si possible musclés, sous peine de ne pas attirer l’attention du lecteur.
Ce que la bien-pensance christiano-socialo-gauchiste a, d’entrée de
jeu, reproché à Robert Redeker c’est, à n’en pas douter, la comparaison
qu’il fait avec l’idéologie marxiste qui, si elle n’ose plus s’afficher
ouvertement, reste la maladie congénitale de bien des intellectuels
ou soit disants tels. «Comme jadis avec le communisme, écrit notre
pamphlétaire, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique.
L’Islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative
au monde occidental».
L’islam, rappelle Redeker, est pour ses thuriféraires «la voix des
pauvres», ce qui le pare de toutes les vertus, de toutes les qualités
et condamne au bûcher ceux qui se risquent à la moindre critique.
«Aujourd’hui, des intellectuels incarnent cet œil du Coran, comme
ils incarnaient l’œil de Moscou. Ils excommunient pour islamophobie,
comme hier pour anticommunisme».
Cette référence constante au misérabilisme appelle trois remarques:
En premier lieu, se réclamer des «pauvres» ne saurait constituer en
soi une vertu, la pauvreté n’est pas une qualité, c’est une calamité;
tuer, massacrer, égorger au nom de la pauvreté n’exonère pas les auteurs
de ces actes d’un juste châtiment, expliquer n’est pas justifier.
En second lieu, ceux qui se réclament des «pauvres» pour commettre
leurs forfaits n’entrent jamais dans cette catégorie, ils s’arrogent
un «droit» de parler au nom des pauvres qui ne leur a jamais été conféré;
les intégristes islamistes responsables des massacres de New York,
Madrid ou Londres ne venaient pas des bidonvilles de Casablanca ou
du Caire.
Enfin, il faut sans cesse rappeler ce qu’écrivaient en 2002 Alain
Bauer et Xavier Raufer: «La médiasphère n’a qu’une explication pour
le crime ou le terrorisme: c’est la misère qui les provoque.
Cent études indiscutablement scientifiques ont été produites au long
des deux dernières décennies montrant qu’il n’en est rien. Bienséante
autant que romantique, l’affirmation est tout simplement fausse.
Mais rien n’y fait... Après le 11 septembre, le serpent de mer des
misérables sombrant dans le fanatisme refait surface, ce qui est grotesque».
On m’objectera que les intégristes islamiques ne sont pas tous des
terroristes, ce qui d’ailleurs reste à démontrer, et que Redeker critique
globalement l’Islam et pas seulement son versant radical.
Il faut bien constater hélas que c’est essentiellement cette tendance
qui s’exprime aujourd’hui, fulmine, condamne et frappe. Personne n’a
jamais entendu le Recteur Boubakeur ou l’Iman de Marseille proférer
la moindre menace contre personne.
C’est à bon droit que Redeker s’inquiète –la suite lui a donné raison–
d’un Islam radical cherchant à «étouffer ce que l’Occident a de plus
précieux, qui n’existe dans aucun pays musulman: la liberté de penser
et de s’exprimer».
À l’image du communisme d’hier et de ses bras armés, l’Union Soviétique
et ses séides, l’islamisme radical est une idéologie de combat qui
se complait dans l’affrontement, dans la lutte à outrance, «la victoire
ou la mort» comme on dit encore à Cuba.
Ceux qui, un jour ou un autre, ont eu, dans un passé récent, l’occasion
de fréquenter de près les communistes, dans notre beau et pacifique
pays de France, ont pu constater que le PC n’avait qu’un mot d’ordre:
«Tout ce qui est à moi est à moi, tout ce qui est à toi est négociable».
Aujourd’hui, cette mentalité dominatrice qui dès qu’elle le peut débouche
sur le totalitarisme, est l’apanage de l’Islam radical; toute concession
vis-à-vis de lui est vécue comme un aveu de faiblesse, comme une lâcheté,
donner une main c’est l’assurance, tôt ou tard de se faire prendre
tout le bras.
C’est pourquoi, Robert Redeker peut écrire sans crainte de se tromper:
«À l’identique de feu le communisme, l’Islam tient la générosité,
l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme
et de mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence».
La lecture des textes anciens, surtout lorsqu’ils sont revêtus du
label du sacré, à travers le prisme de nos valeurs contemporaines,
constitue un exercice vain et quelque peu absurde; quand, au surplus,
il s’agit de textes se référant aux religions monothéistes révélées,
cet exercice présente un caractère aventureux.
Lorsque Jésus dit: «N’allez pas croire que je suis venu apporter la
paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive»
(Math. XX-34), on ne peut dire que ces propos soient enrobés de douceur
angélique. Il en va de même à la lecture de la fin du Psaume 137,
qui appelle à la punition des Chaldéens et ne respire pas la douceur
de vivre et le pacifisme: «Heureux qui saisira et brisera tes petits
contre le roc!».
Le Coran recèle quelques perles de la même eau: «Tuez les idolâtres
partout où vous les trouverez» (IX-5) ou «Quand vous rencontrerez
les infidèles, tuez-les jusqu’à en faire un carnage et serrez les
entraves des captifs que vous aurez faits» (47-4).
Les Chrétiens et les Juifs savent cependant ne plus prendre à la lettre
ces textes archaïques et les resituer dans leur contexte. Il semble,
par contre, que de nombreux musulmans sont aujourd’hui incapables
de faire le moindre effort herméneutique, ils se situent au même niveau
intellectuel que les créationnistes, c’est-à-dire au niveau zéro de
la raison.
Benoît XVI n’avait pas tort, à Ratisbonne,
de dire que, «la religion musulmane ne s’appuie pas sur la raison
héritée de la philosophie grecque».
S’agissant des origines de l’Islam, Redeker a fait preuve d’une prudence
remarquable; on ne saurait lui reprocher d’avoir écrit que Mahomet
s’est, en son temps, révélé être «un chef de guerre impitoyable, un
pillard, un massacreur de Juifs et un polygame», puisque au préalable
il avait longuement cité un texte de Maxime Rodinson dans l’Encyclopédia
Universalis et ne faisait que le résumer.
Personne ne peut nier ce simple constat historique:
Depuis qu’il existe, l’Islam n’a jamais renoncé à conquérir le monde
et à y instaurer la Oumma; après avoir conquis, par les armes, la
péninsule arabique, le Machrek et le Maghreb, il s’est attaqué à la
conquête de l’Europe et à la conversion de ses habitants: Les Maures
en Espagne, les Tatares en Russie et les Turcs à Vienne.
Une bonne partie des Balkans est restée sous sa domination jusqu’à
la fin du XIXème siècle. Hunttington n’a pas inventé la «guerre des
civilisations», l’Islam l’a pratiquée dès son émergence.
Tout au long de leur domination de la mer Méditerranée, les Arabes
ont capturé et exploité deux fois plus d’esclaves que les Occidentaux
durant les trois siècles où ils ont exercé leur coupable industrie.
On n’a jamais entendu dire qu’aujourd’hui les Musulmans se repentaient
de leur non moins néfastes activités,
il est vrai qu’en Mauritanie ou en Arabie Saoudite, ils continuent
à les mettre en pratique.
Les Islamistes ont une excuse, leur religion, prise à la lettre, ne
leur facilite pas l’entrée dans la modernité; la sémantique est parfois
réductrice, elle est aussi révélatrice, c’est ainsi que le mot «laïcité»
est pratiquement impossible à traduire en arabe. Dans le même ordre
d’idée, le mot «religion» en arabe se dit «din», c’est-à-dire, «la
loi».
En d’autres termes, on ne saurait, en pays islamique, concevoir la
religion comme un domaine distinct des autres formes d’activités sociales.
L’adage évangélique: «Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce
qui est à César» est ici inconcevable, tout appartient à Dieu et César
lui-même appartient à Dieu.
Étymologiquement, l’Islam signifie «soumission», dès lors cette soumission
envers Dieu, et envers ceux qui le représentent, ne peut-être que
totale et inconditionnelle. Le glissement au totalitarisme n’est jamais
loin.
La presse fait parfois bien les choses: Dans le même numéro du Figaro
où était publié l’article de Redeker, paraissait, sur la même page,
un article d’Antoine Sfeir, intitulé: «Non à ceux qui règnent par
la terreur sur la pensée musulmane!». Personnage respecté et respectable,
Sfeir ne disait guère autre chose que Redeker, en termes il est vrai
moins polémiques, en démontrant que les Islamistes d’aujourd’hui qui
se sont «autoproclamés porte-parole de Dieu et disent le licite et
l’illicite n’ont aucune légitimité».
Au surplus, Antoine Sfeir répondait par avance aux petits et médiocres
esprits du Canard enchaîné ou autres Martin-Chauffier ou Olivier Roy,
qui se sont répandus en propos indignes sur Redeker, en écrivant:
«Le plus tragique est la réaction
des bien-pensants ou des ignorants, à moins que ce ne soit celle des
hypocrites... qui par peur des vagues, trouvent que tout le monde
il est beau, tout le monde il est gentil !».
Si nos «beaux esprits» français du politiquement correcte sont des
virtuoses de l’angélisme, forme sophistiquée de l’ignorance, de l’inculture
et de la sottise, c’est surtout parce que douillettement installés
dans leurs appartements parisiens, ils ne risquent pas d’être confrontés
à l’aimable férule des nouveaux docteurs de l’Islam.
Tel n’est pas le cas de l’ancienne députée néerlandaise, Ayaan Hirsi
Ali, née en Somalie, qui pour avoir participé à un film du cinéaste
Théo Van Gogh (ce malheureux a été égorgé dans une rue d’Amsterdam
par un fanatique, Redeker n’a pas tort d’être inquiet) consacré à
la condition de la femme musulmane, se voyait condamnée, par l’Iman
de La Haye, à une «malédiction divine sous forme de cécité doublée
d’un cancer de la langue et du cerveau».
Ayaan Hirsi Ali est bien plus féroce envers l’Islam que le bon Redeker,
parce qu’elle en a subi les méfaits à travers sa chair et peut ainsi
écrire: «Le respect littéral des paroles du prophète est incompatible
avec les droits de l’homme, en contradiction avec la philosophie libérale».
Elle aussi répond par avance aux imbéciles qui ont craché sur Redeker:
«Au sein de votre bel Occident, ce
sont les bien-pensants à tendance socialisante qui en font le plus
dans l’irénisme, l’aveuglement volontaire et le conformisme face à
la montée du fondamentalisme».
Soyons clair: «La guerre ne fait, en effet, que commencer» face aux
fanatiques, aux bombes humaines, au petit Hitler iranien. Il nous
faudrait beaucoup de Redeker pour appeler un chat un chat et un islamo-fasciste
un adversaire répugnant de la démocratie et de la liberté. Peu à peu
les yeux de l’Occident semblent se dessiller, déjà les Britanniques
et les Néerlandais font preuve de davantage de lucidité. Une fois
de plus, la France sera-t-elle en retard d’une guerre ?
Jacques Piétri pour LibertyVox
30 Novembre 2006
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Fulgence
de la Malterie