La dhimmie
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«Depuis le Moyen-âge, l'Occident
a pris l'habitude d'appeler conquête l'expansion islamique, alors
que les Arabes utilisent le mot Fath qui signifie, à la fois, victoire
et ouverture. Ouverture des combattants du prophète aux civilisations
qu 'ils découvraient : indienne, perse, berbère, africaine, chrétienne,
ouverture des peuples convertis au messagedu Coran. » (J.P. Péroncel-Hugoz
« Le radeau de Mahomet » Ed. Lieu Commun 1983).
Cette affirmation, qui a cours dans un certain nombre de pays musulmans,
voudrait opposer la conquête musulmane humaine, bénéfique, reçue avec
enthousiasme par les peuples conquis, au colonialisme occidental du
XIXe siècle, exploiteur, destructeur et génocidaire.
Cette symétrie simpliste, basée sur le jeu d'une tablature des plus
conventionnelles, tirée d'un amas compact de préjugés d'origine médiatique
et scolaire, trouve un écho très favorable auprès d'un certain nombre
d'historiens occidentaux complices (surtout français), se réclamant
abusivement de l'autorité de Charles André Julien, longtemps titulaire
de la
chaire d'Histoire de la colonisation à la Sorbonne.
Le but de cette étude est de mettre en évidence l'artifice et l'absurdité
de ce diptyque confectionné sur mesure au service d'une propagande
à la mode que nous connaissons trop bien, et qui repose sur cette
étrange conception d'une Histoire « revisitée » par l'idéologie.
Un premier fait historique doit être nettement dégagé : c'est, en
majeure partie, sur des terres chrétiennes, souvent de date très ancienne,
que s'est développée l'expansion islamique, dès la mort du prophète.
Après la conquête de la presqu'île d'Arabie, où régnaient des religions
polythéistes, la conquête de l'Islam s'est étendue aux provinces de
l'Empire chrétien de Byzance, situées au Proche-Orient, correspondant
à la Palestine, la Jordanie, la Syrie, l'Irak, l'Arménie d'aujourd'hui.
La majorité des populations vivant dans ces régions étaient chrétiennes
depuis plusieurs siècles, animées d'une grande ferveur religieuse
au point de se passionner, et parfois aussi de se quereller, pour
des questions de théologie.
Ces communautés chrétiennes étaient particulièrement actives, et militantes
: les premiers conciles s'étaient tenus, non pas en Occident, à Rome
où siégeait le pape, successeur de St Pierre, mais dans cette chrétienté
d'Orient. Tel avait été le cas pour le célèbre concile de Nicée en
325 après J.C., où avait été défini le principal dogme fondateur de
la Trinité.
Par ailleurs, c'est sous l'impulsion de son fondateur. Saint Basile,
Père de l'Eglise, que le monachisme (état des religieux retirés du
monde pour se consacrer à l'étude et à la prière) était né au IVe
siècle dans cette chrétienté d'Orient, avant de _ se répandre en Occident.
D'innombrables églises, basiliques, sanctuaires, couvents et édifices
religieux, attestaient l'enracinement profondément chrétien de toutes
ces populations, spécialement à Jérusalem, ville deux fois sainte,
car on y vénérait le tornb,eau du Christ depuis, près de 600 ans,
tandis que, dans lès colonies juives dispersées de la diaspora, on
rêvait d'un retour au mur des lamentations sur les ruines du temple
de David, bâti pour la première fois mille ans avant J.C.
Lorsque les cavaliers porteurs de l'étendard vert du Prophète s'emparent
de Jérusalem, en 637 après J.C., pour en faire la « Quatrième Ville
Sainte de l'Islam », toujours revendiquée comme telle aujourd'hui,
il s'agit bien d'une conquête militaire, et non pas d'une « ouverture
» à la civilisation judéo-chrétienne que découvrent les nouveaux arrivants.
La construction de la Coupole du Rocher, sur l'esplanade des ruines
du temple juif, marquait bien le caractère dominant de la nouvelle
religion. La basilique du Saint Sépulcre, préservée quelque temps,
allait être détruite, puis reconstruite, tandis que des éléments décoratifs
de la très belle église Nea Ecclesia, bâtie par l'empereur Justinien,
allaient être utilisés pour édifier la mosquée El Aksa (d'après Jean
Gauthier - «Justinien » Ed . France Empire - 1998).
La grande basilique Sainte Sophie, construite sous le règne du même
empereur à Constantinople, subira, après la prise de cette ville par
les Ottomans en 1453, un décapage profanateur de toutes ses mosaïques
chrétiennes, les plus belles de Byzance, pour être transformée en
mosquée.
Depuis la fin du califat en 1924, cette basilique est devenue un musée,
mais d'immenses panneaux recouverts d'inscriptions calligraphiées
en lettre arabes célèbrent toujours, dans cette église qui fut chrétienne
pendant près de mille ans, la gloire de l'Islam.
Les droits des premiers arrivants sont-ils toujours inaliénables ?
Dans l'extraordinaire imbrication des populations et des religions
antiques, résultant d'innombrables émigrations invasions successives,
l'Histoire serait bien en peine de se prononcer. En fait la question
ne se posait nullement de cette façon, pour cette chrétienté d'Orient,
avant l'arrivée de l'Islam.
Les conversions au christianisme de toutes ces populations, qui étaient
chez elles sur ces terres depuis longtemps, s'étaient accomplies presque
toujours pacifiquement, grâce à la prédication des apôtres et de leurs
successeurs, dans la tradition de l'enseignement du Christ - il n'en
sera pas toujours ainsi - et nullement sous la contrainte d'envahisseurs
imposant leur présence avec leur religion.
Ce prosélytisme sans violence des premiers chrétiens, eux-mêmes tantôt
tolérés, tantôt persécutés par la Rome païenne, s'exerçait dans toutes
les couches des populations soumises à l'empire romain. Quand l'empereur
Constantin, conseillé par sa mère, sainte Hélène,publie l'édit de
Milan en 313, il légalise le christianisme, il n'impose nullement
la relimon. Les conversions au christianisme de toutes ces populations,
qui étaient chez elles sur ces terres depuis longtemps, s'étaient
accomplies presque toujours pacifiquement, grâce à la prédication
des apôtres et de leurs successeurs, dans la tradition de l'enseignement
du Christ il n'en sera pas toujours ainsi - et nullement sous la contrainte
d'envahisseurs imposant leur présence avec leur religion.
Ce prosélytisme sans violence des premiers chrétiens, eux-mêmes tantôt
tolérés, tantôt persécutés par la Rome païenne, s'exerçait dans toutes
les couches des populations soumises à l'empire romain. Quand l'empereur
Constantin, conseillé par sa mère, sainte Hélène, publie l'édit de
Milan en 313, il légalise le christianisme, il n'impose nullement
la religion chrétienne, mais en reconnaît la diffusion spontanée dans
la majorité de l'Empire depuis plus de deux siècles. Qu'importe si
cette décision n'était pas pure d'arrière pensée politique : elle
reconnaissait un fait accompli.
En Egypte, succédant à la religion des pharaons, et à celle de leurs
successeurs de la dynastie des Ptolémée (dont la dernière représentante
fut la reine Cléopâtre), la religion chrétienne, enseignée de la même
manière par des missionnaires venus de Palestine, était devenue extrêmement
prospère et répandue, formant ce qu'on nomme encore aujourd'hui l'Eglise
copte.
Elle devait s'épanouir, surtout à Alexandrie, dès le premier siècle
avec ses nombreux patriarches et théologiens des plus célèbres, Athanase,
Origène, ses controverses théologiques, avec le théologien Arius.
Alexandrie fût le lieu d'un important concile en 362.
L'Egypte chrétienne est le centre d'une brillante civilisation, d'un
foyer intellectuel, l'Ecole d'Alexandrie, où loin de renier la culture
helléniste, le christianisme néo-platonicien en transcende les richesses
avec de célèbres philosophes et théologiens tels qu'Origène et Plotin.
Ce courant de pensée, aussi important sur le plan historique que religieux,
sera l'objet de la thèse de philosophie d'Albert Camus à la Faculté
d'Alger en 1934. C'est donc bien sur des régions hautement civilisées,
où le christianisme était solidement implanté, que va surgir l'invasion
militaire arabe en l'an 640 de notre ère. Les populations vont y subir
le destin commun à toutes celles qui se trouvèrent dans les mêmes
situations.
Au début, c'est l'affirmation de tolérance, et même de protection,
par les vainqueurs, sous condition d'impôts discriminatoires, sans
exclure la possibilité de mesures vexatoires, et parfois de violentes
persécutions, en particulier sous le calife Yazid 1er au VIIe siècle,
et surtout sous Hakim au Xe siècle, ainsi que sous le régime des Mamelouks.
L'église chrétienne majoritaire en Egypte a dû abandonner sa langue
identitaire, le copte, dérivée du grec, au XIe siècle, et une partie
de ses fidèles ont dû se disperser, peu à peu, dans une véritable
diaspora dans le monde, surtout en Ethiopie.
Actuellement l'Eglise copte, bien que toujours militante, ne représente
plus que 6 à 7 % de la population égyptienne. Elle est toujours l'objet
d'une discrimination attentatoire aux Droits de l'Homme, avec obligation
pour chaque citoyen, d'inscrire sa religion sur sa carte d'identité.
Périodiquement reviennent sévices, pillages et incendies d'églises,
qui avaient même redoublé dans les années 1970, sous le raïs, réputé
libéral, Anouar El Sadate.
Récemment, l'association Kyrollos a dénoncé cette situation tragique
des coptes, et des manifestations ont eu lieu à Paris devant le palais
de l'UNESCO en janvier 2005 et en juin 2007 : « Dites aux Européens
ce que nous, chrétiens, endurons en Egypte, dans l'indifférence, tout
au moins officielle, des autorités religieuses occidentales». Ce ne
sont que des chrétiens, sans doute...
C'est, aussi, à propos de l'Espagne sous domination musulmane, que
surgissent d'étonnants contresens historiques résumés dans cette formule
binaire « Les Musulmans y ont représenté la civilisation et les Espagnols
la barbarie ». Le royaume arabe de Grenade (Al- Andalus) symboliserait
donc une Espagne musulmane raffinée, évoluée et tolérante que l'on
veut opposer aux Etats chrétiens, fauteurs de croisades, d'inquisition
et d'obscurantisme.
Il convient tout d'abord de dissiper l'ambiguïté du mot civilisation.
Si ce dernier mot se cantonne au domaine artistique, notamment architectural,
l'Espagne musulmane connut, sous les dynasties des Omeyades et des
Abbassides, un grand épanouissement culturel, comme en témoignent
la Mosquée de Cordoue, la Giralda de Séville ou l'Alhambra de Grenade,
Mais si le sens du mot civilisation, tel qu'on l'entend de nos jours
s'applique aux mœurs politiques, à la structure sociale et à la tolérance
religieuse d'une époque donnée, il y a une dérive considérable du
langage.
Avant l'arrivée des Arabes dans la péninsule ibérique, le christianisme
s'était solidement implanté, d'abord sous la domination romaine, depuis
l'édit de Constantin, ensuite, sous celle des rois Wisigoths.
L'église ibérique est déjà organisée dès le IIIe siècle, avec ses
saints, ses martyrs : saint Isidore de Séville, évêque et historien,
un des personnages les plus célèbres de son époque, saint Léandre,
saint Ildefonse, ardents défenseurs du dogme. Tolède et Séville sont
alors d'intenses foyers de culture chrétienne. C'est en combattant
les envahisseurs arabes du sultan Tarik que le dernier roi chrétien
de Tolède, Rodrigue, trouve la mort en août 711 à la bataille de Guadalete.
Poursuivant leur marche conquérante les Arabes remontent vers le nord,
franchissent les Pyrénées et envahissent le Languedoc. Ils seront
arrêtés et refoulés par Charles Martel à Poitiers en 732. La tendance
officielle actuelle est de passer sous silence cet épisode capital
du rôle unificateur du royaume tenu par Charles Martel, grand père
de Charlemagne et fondateur de la dynastie des Carolingiens.
Par déférence envers cette icône culturelle qu'est devenue en France
une islamophilie servile de commande, va-t-on escamoter un des épisodes
fondamentaux de notre histoire nationale ?
C'est également une imposture de parler « d'ouverture » là où il y
eut batailles, conquêtes militaires, suivies de razzias, avec les
dévastations et les massacres qui s'ensuivaient, inéluctablement,
à cette époque et la mise en esclavage des survivants.
C'est ajuste titre que pendant longtemps la terreur des « Sarrasins
» va régner dans les populations chrétiennes du sud-ouest et du midi
de la France.
Au moment où la reconquista espagnole par les Rois catholiques (s'il
y a eu reconquête, c'est bien qu'il y a eu préalablement conquête
musulmane) va refouler les Arabes de façon définitive par la reprise
de Grenade en 1492, les Ottomans avaient pris pied à l'autre extrémité
de l'Europe, dans les Balkans, dans des territoires correspondant,
aujourd'hui, à la Grèce, la Serbie, la Bulgarie ; Plus tard, seront
envahies une partie de la Roumanie et de la Hongrie, et Vienne sera
menacée.
Cette expansion militaire de l'Islam, qui se déploie là encore sur
des terres très anciennement chrétiennes, oblige, maintenant, à poser
cette question fondamentale : sous quel régime vont vivre toutes ces
populations chrétiennes soumises ainsi pendant des siècles à la domination
de l'Islam ?
C'est également une imposture de parler « d'ouverture » là où il y
eut batailles, conquêtes militaires, suivies de razzias, avec les
dévastations et les massacres qui s'ensuivaient, inéluctablement,
à cette époque et la mise en esclavage des survivants.
C'est ajuste titre que pendant longtemps la terreur des « Sarrasins
» va régner dans les populations chrétiennes du sud-ouest et du midi
de la France.
Au moment où la reconquista espagnole par les Rois catholiques (s'il
y a eu reconquête, c'est bien qu'il y a eu préalablement conquête
musulmane) va refouler les Arabes de façon définitive par la reprise
de Grenade en 1492, les Ottomans avaient pris pied à l'autre extrémité
de l'Europe, dans les Balkans, dans des territoires correspondant,
aujourd'hui, à la Grèce, la Serbie, la Bulgarie ; Plus tard, seront
envahies une partie de la Roumanie et de la Hongrie, et Vienne sera
menacée.
Cette expansion militaire de l'Islam, qui se déploie là encore sur
des terres très anciennement chrétiennes, oblige, maintenant, à poser
cette question fondamentale : sous quel régime vont vivre toutes ces
populations chrétiennes soumises ainsi pendant des siècles à la domination
de l'Islam ?
Si nous nous en tenons à l'enseignement officiel de la grande Université
musulmane El- Azhar du Caire, exactement reflété par les autorités
d'Alger, et fidèlement reproduit par une partie des historiens de
notre Education Nationale, nous apprenons que l'Islam fut le plus
tolérant de tous les régimes de l'Histoire envers les autres religions
des populations qu'il a dominées pendant des siècles, et cette tolérance
fût concrétisée par l'institution de la DHIMMI
Historiquement, celle-ci fut accordée pour la première fois en 740
par le calife Omar aux chrétiens de Syrie, pour que ces derniers aient
la vie sauve, d'où le nom de «pacte d'Omar ».
La méthode va se généraliser pendant des siècles dans, pratiquement,
tous les territoires occupés par les Musulmans. La Dhimmi peut se
définir comme le statut légal des populations chrétiennes et juives
vivant en terre d'Islam, dans un Etat où règne la Charia, la loi musulmane.
Le principe en est simple : moyennant une capitation spéciale, sous
formes de deux impôts, le JIZYA, impôt personnel, et le KHARAJ, redevance
territoriale des non- musulmans envers les autorités musulmanes,
un statut dit de protection (traduction littérale du mot dhimmi) accordait
aux bénéficiaires la vie sauve, la préservation de leurs biens, et
une relative liberté du culte.
Inspiré directement du Coran, dans une confusion naturelle entre le
pouvoir temporel
et la religion du Prophète, ce statut établit dans toute société islamique
deux catégories de citoyens : les musulmans et les non-musulmans.
Avant de s'extasier sur ce statut de tolérance, en avance sur son
époque, il convient d'en analyser le principe et de connaître ce qu'il
comportait en pratique pour les chrétiens.
Ce n'était pas un aléa de circonstance, susceptible d'être aboli,
mais un concept juridique enraciné dans la Charia, un statut fondamental
imposé d'office, selon la loi du vainqueur. Albert Hourani, libanais,
ancien professeur à l'Université de Beyrouth, nous le précise. En
plus du paiement de l'impôt lui-même (dont étaient préservés les musulmans)
les chrétiens et juifs étaient tenus à d'autres obligations discriminatoires
: afficher des signes de leur différence en portant des vêtements
de type spécial (le vert, couleur du prophète, était interdit), ne
jamais porter d'armes, ni monter à cheval (l'âne était toléré) interdiction
de construire de nouveaux lieux du culte, de restaurer les anciens
sans autorisation, ni de les élever de façon qu'ils puissent porter
ombrage aux mosquées, interdiction de sonner les cloches.
Un non-musulman ne pouvait hériter d'un musulman, n'avait pas le droit
d'épouser une femme musulmane, mais un musulman pouvait épouser une
femme juive ou chrétienne, la conversion d'un chrétien ou d'un juif
à l'Islam était souhaitable, mais la conversion d'un musulman à une
autre religion était interdite. Devant un tribunal le témoignage d'un
musulman l'emportait sur celui d'un non-musulman (Albert Hourani «
Histoire des peuples arabes. » Ed. Le Seuil -1993 - page 166)
« Si le non- musulman ne s 'acquitte pas de la capitation à laquelle
il est soumis, il risque l'esclavage ou la mort... Tout prosélytisme
en faveur de la religion chrétienne auprès des musulmans est interdit.
» (J. Sévilla « Historiquement correct » Ed. Perrin - 2003).
Rappelons, qu'aujourd'hui encore, il est interdit au clergé chrétien
resté en Algérie depuis l'indépendance de se livrer au moindre prosélytisme,
tandis que dans la France hexagonale n'importe quel iman est libre
de recruter de nouveaux adeptes pour la religion musulmane.
La capitulation d'Evian, qui fut aussi une capitulation morale et
religieuse, avait tacitement admis ce statut différentiel particulièrement
injuste et humiliant pour la France et la chrétienté.
Il apparaît donc indécent de célébrer de nos jours la dhimmi, alors
qu'un tel statut inégalitaire d'origine religieuse, s'apparentait
à une discrimination raciste. Le pluralisme religieux protégé par
l'Islam tant vanté aujourd'hui apparaît bien comme une duperie.
Chrétiens et juifs étaient considérés comme des citoyens de seconde
zone, et cet apartheid avant la lettre était intentionnellement humiliant.
A Alger avant 1830, les Juifs devaient céder le pas aux musulmans
dans la rue, les laisser passer avant eux pour se servir aux fontaines
publiques. Ils devaient, à Alger même, porter une coiffure distinct!
ve obligatoire la beretta (ancêtre de l'étoile jaune).
On a voulu célébrer la dhimmi comme une avancée juridique moderne
dans l'histoire du droit, qui serait tout à l'honneur des califes
de l'Islam, comme un modèle de contrat et d'équité, dans une société
musulmane « beaucoup plus civilisée que celles de l'Occident ».
Une semblable thèse n'est pas soutenable. Tout d'abord le chrétien
bénéficiaire de la dhimmi était déclaré « protégé » par le conquérant,
mais protégé contre qui ? Il habite sur la terre de ses ancêtres,
souvent depuis des siècles : il ne peut être protégé que contre les
nouveaux arrivants, les musulmans eux-mêmes.
N'y a-t-il pas là une étrange situation, un véritable chantage de
la part de celui qui prétend protéger, et menace en même temps ? Ensuite
il s'agit non pas d'un traité négocié entre deux parties, d'un contrat
au sens juridique du terme, mais d'une charte octroyée.
Celui qui l'octroie peut la révoquer ou en aggraver les conditions
(par exemple en augmentant de façon unilatérale le taux de l'impôt,
ce qui se pratiquera souvent...) « Ce n 'est pas un contrat consensuel
formé par la volonté des deux parties. Le concédant décide, lui seul,
de ce qu 'il veut octroyer. » (Jacques Ellul - Professeur de Sociologie
à l'université de Bordeaux - in « Juifs et Chrétiens dans l'Islam
» 1985).
Le fait d'obliger un homme libre à payer, non pas occasionnellement,
mais en permanence, une capitation pour qu'il conserve ses biens,
et même parfois sa vie, n'a plus , rien à voir avec le droit, cela
s'apparente au racket!.
En pratique, la coexistence des communautés chrétiennes et juives
avec le pouvoir islamique, va connaître des fortunes diverses : suivant
le caractère pacifique ou belliqueux de tel ou tel calife, et suivant
les périodes fastes ou critiques de la longue histoire de l'Empire
Islamique, elle se déroulera toujours dans le cadre rigoureux de la
dhimmi.
Des personnalités chrétiennes et juives purent bénéficier de promotions
individuelles élevées, souvent dans la banque l'artisanat, la médecine,
et même, à certains périodes, dans l'administration.
Mais ces promotions pouvaient à tout instant être remises en question,
car les intéressés n'avaient aucun statut juridique de protection
personnel, en dehors de celui, capricieux, de favori du sultan du
moment, comme on peut en constater maints exemples racontés par la
récitante Schéhérazade dans « Les Mille et Une Nuits ». Brusquement
surviennent de véritables pogroms que le sultan laisse faire, avant
de rétablir l'ordre et d'appesantir, ensuite, le poids de la capitation
sur les survivants.La tolérance envers les communautés non musulmanes
fut ? l'image de celle manifestée envers lés pèlerinages occidentaux
au tombeau du Christ : elle était imprévisible. «Un pèlerinage germanique,
organisé par l'évoque de Bamberg, regroupant 12.000 fidèles, se termina
par un affreux massacre le vendredi saint de l'an 1065 aux environs
de Jérusalem ». (Régine Pernoud « Les femmes au temps des croisades
» Ed. Stock 1990) Réplique légitime aux crimes des croisades, répliquent
certains de nos censeurs.
Or la première croisade ne débutera que 31 ans plus tard, en 1096.
Le but réel de cette dhimmi ? C'était un statut de soumission à la
religion dominante. «La situation faite aux chrétiens dans l'Espagne
musulmane (Al Andalus) avait pour but d'affaiblir leur communauté
et d'encourager la conversion à l'Islam. ». (Philippe Conrad « Histoire
de la Reconquista » P.U.F - 1999).
Ce statut d'oppression financière et de mesures discriminatoires va
conduire, peu à peu, les chrétiens, pour survivre, à se convertir
en général par familles entières. Au bout de quelques générations
un pays, qui était chrétien à 90 % au moment de la conquête, ne comportera
plus que quelques minorités, mais restées très actives, dans une crispation
religieuse identitaire.
A deux ou trois reprises, une modification du rapport de forces entre
l'Islam et chrétienté, a permis aux Eglises d'Orient de survivre :
lors des croisades, tant décriées, du XIe au XIIIe siècles, et au
XVe siècle, lorsque François 1er passa un traité d'alliance avec «
le Grand Turc » afin d'assurer la « custodie » c'est à dire la garde
et l'entretien permanent des Lieux Saints de Jérusalem par une confrérie
de quelques religieux Franciscains.
Mais cette protection des communautés chrétiennes d'Orient deviendra
effective seulement lorsque, au XIXe siècle, celles-ci seront adoptées
par les puissances occidentales, qui exerceront une pression croissante
sur le calife de Constantinople.
La Russie veille sur les chrétiens orthodoxes, la France de Napoléon
III sur les Eglises rattachées à Rome, l'Angleterre, l'Italie et l'Autriche
Hongrie sur l'ensemble. Sous la pression diplomatique, et même sous
la menace d'interventions militaires, les Ottomans sont obligés enfin,
après plusieurs siècles, d'assurer une complète liberté religieuse
et une égalité politique plus grande aux chrétiens d'Orient, avec
abolition de l'odieuse dhimmi, dont certains voudraient aujourd'hui
exhumer le souvenir pour en célébrer les mérites.
Une mention doit être faite en faveur d'Abd-el-Kader, qui, résidait
en Syrie, en qualité d'ami de la France, et qui sauva la vie à des
milliers de chrétiens d'Orient menacés par les Druses musulmans, ce
qui vaudra au noble chef arabe la Grand Croix de la Légion d'honneur.
Au cours de la première guerre mondiale en 1915, profitant de l'affaiblissement
politique et militaire de la Russie orthodoxe des Tsars, les Ottomans
jettent le masque, abandonnent toute idée de tolérance, cela ne sera
pas la première fois, pour se livrer au massacre de la minorité chrétienne
d'Arménie.
Déjà, au cours de la longue histoire de l'affrontement de l'Islam
avec l'Occident, dans l'Europe du sud et des Balkans, les minorités
chrétiennes enfermées dans l'Empire ottoman avaient périodiquement
servi d'otages, à l'occasion de revers politiques ou militaires.
L'époque contemporaine verra un retour du discrédit de cette chrétienté
d'Orient, à la faveur du procès dressé contre l'Occident chrétien,
dont la culpabilisation morbide est comprise par beaucoup de dirigeants
de l'Islam comme un retour de balancier géopolitique en leur faveur.
Les communautés chrétiennes d'Orient ont entrepris, depuis un demi-siècle,
sous la contrainte, un vaste mouvement d'émigration d'une ampleur
bien supérieure à celle des Palestiniens. Paradoxe surprenant : les
Chrétiens doivent souvent se faire passer pour ces derniers pour pouvoir
bénéficier de l'aide caritative et des sympathies d'un Occident de
civilisation chrétienne, complètement abusé, sur le déclin de l'apostasie
et du reniement face à l'Islam.
Un seul exemple : les communautés chrétiennes de Syrie qui représentaient
au début du siècle dernier encore près de 25 % de la population du
pays n'en forment plus guère que 5 % aujourd'hui. Sont-elles vouées
à disparaître ? Qui s'en soucie ?
La chrétienté d'Orient qui avait été le berceau historique, et le
foyer le plus fervent de la civilisation chrétienne, a été, progressivement,
absorbée, écartelée et finalement dispersée au cours de 14 siècles
de domination islamique.
De nos jours y a-t-il un avenir pour une tolérance réelle et réciproque,
à la lumière du passé, entre Islam et Occident ? Rejetant délibérément
les sombres pronostics de l'auteur du Choc des Cultures, il est raisonnable
de s'orienter vers un dialogue interreligieux.
Mais l'esprit de celui qui est amorcé depuis une vingtaine d'années
est empoisonné par le procès politique fait à l'Occident, miné par
la mauvaise conscience du péché colonial, cet anathème repris avec
une insoutenable légèreté par une petite coterie d'intellectuels français
qui veulent oublier ou occulter leur Histoire (voir l'affaire Charles
Martel).
Comment peut-on nier que la plus grande puissance coloniale et esclavagiste
de notre ère fut l'empire Islamique qui régna pendant des siècles
sur près d'un tiers de ce qu'il faut bien appeler la chrétienté ?
En décembre 1965, rejetant tout débat idéologique et toute ingérence
politique, une association avait été fondée « La Fraternité d'Abraham
» à l'initiative du Père Michel Riquet, avec des représentants des
communautés juives et musulmanes sur un pied d'égalité. Ne pas nier
le poids de l'Histoire, mais chercher à l'assumer et le dépasser,
telle en était la finalité.
II aurait paru alors absolument incongru de faire le procès de quiconque
à cetteépoque ! Voilà bien la preuve du caractère artificiel et récent
de ce dernier, tellement à la mode aujourd'hui. Il faut retrouver
l'esprit qui animait cette entreprise de bonne volonté vers un avenir
de vraie tolérance. Ceci pourra faire ici l'objet d'un prochain article.
Peut-on escompter que le projet proposé par le Ministre Douste Blazy
en 2006 d'une commission mixte d'historiens franco-algériens verra
enfin le jour ? Vu le ton de la presse algérienne il est permis d'en
douter.
En terminant ce rappel historique, il est bon d'évoquer un épisode
instructif pour ceux des occidentaux qui se complaisent dans le reniement
de leur passé. Lorsque le calife Méhémet II s'empara de Constantinople
capitale chrétienne d'Orient, en mai 1453, il trouva des complices
chrétiens parmi la noblesse byzantine qui, trahissant leur religion
et leur souverain, s'étaient convertis à l'Islam pour sauver leurs
privilèges. Le calife après avoir profité de leur trahison les fit
tous décapiter en disant « Ils étaient de mauvais chrétiens, ils auraient
fait de mauvais musulmans.».
Dr Pierre CATTIN
crédit :la lettre de Véritas 09/2007
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