www.de-malterie.fr

Le 20 décembre 2007 à Rome, le président Sarkozy a parlé de laïcité positive. Pour pouvoir comprendre ce qu'il veut dire, replaçons les termes du débat: la laïcité en tant que telle est donc née à l'époque moderne, principalement face au pouvoir spirituel et temporel que s'était arrogé l'Eglise.
L'institution de cette religion d'Etat, caractéristique de l'Ancien Régime, était fondée depuis 1515 sur le Concordat conclu à Bologne entre François 1er et Léon X. Ce concordat reconnaissait une place prééminente dans l'Etat à l'Eglise catholique: elle formait un ordre privilégié, ses biens étaient exemptés d'impôts, des missions de service public lui étaient confiées.
Une des brèches dans cette construction fut l'Edit de Tolérance de 1787 qui opéra la laïcisation de l'état civil avec l'instauration du mariage civil.
Le Concordat de 1801, promulgué par la loi du 18 germinal An X et complété par des articles organiques, va régir l'Eglise jusqu'en 1905. Selon l'article 2 de la loi du 9 décembre 1905, «la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. ». «La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».
Beaucoup de politique, dont l'ancien premier ministre Raffarin demande aujourd'hui sa révision, son adaptation (sic), tout comme Slama dans les colonnes du Figaro ?.
Pourtant cette loi a été superbement ignorée par notre sémillant président qui mis en place au nom de je ne sais quelle tolérance, « la tolérance vous savez il y a... » tout le monde connaît la formule célèbre que l'on prête à Clemenceau, mais je ne vais pas être trivial avec un tel sujet, il a mis en place le C.F.C.M énorme bidule où cohabite des associations peu représentatives des fidèles, mais représentatives des gouvernements de la mouvance islamique, le Maroc, l'Algérie, l'Afrique noire etc...et de plus, a mis en place un conseil pour statuer des affaires des Musulmans présidé par un homme , qui s'est rallié comme l'avait fait son père ,après une longue résistance et un quasi abandon des autorités françaises, qui s'est rallié dis-je à l'Algérie qui outre la Mosquée de Paris, détient les clés de celle de Lyon.
Et ainsi l'on peut dire que les musulmans de France où du moins la plupart d'entre eux dépendaient du C.F.C.M., pour leur devoir religieux, machine diabolique qui lorsqu'elle explosera aura des retombées inattendues pour le pouvoir politique.
La France est le seul Etat laïque de l'Union européenne, c'est-à-dire qui connaît la séparation juridique totale de l'Eglise et de l'Etat. Ce qui n'empêchent pas les partis politiques de faire de la surenchère sur la question, alors que tant d'autres problèmes se posent aux Français

La laïcité fait les échéances électorales arrivant l'objet d'une relecture, pas toujours objective, on promet à qui mieux mieux des salles de prières, des mosquées en nombre conséquent , Madame de Panafieu, candidate U.M.P à la Mairie de Paris, s'est déclaré sur France 2 « pour la construction d'une nouvelle mosquée, venant s 'ajouter à la quinzaine de mosquées et salles de prières déjà existantes » .Gaudin maire et à nouveau candidat à Marseille fait voter par son conseil municipal, la construction d'une mosquée cathédrale et nous en passons et des meilleures, de peur d'être trop long.
Un peu plus siècle après, la laïcité est appréciée différemment, notamment depuis l'entrée, dit-on, récente de l'Islam dans la société française (l'affaire du foulard, les émeutes des banlieues).
S'agissant du rapport à la laïcité, la nécessité d'une relecture est devenue d'une brûlante actualité. Nicolas Sarkozy a, dans un ouvrage, donné ses convictions conviction quant à la laïcité et à la place des religions.(1) Interviewé par Denis Jeambart de L'Express, il s'exprime longuement.
Résumons ses idées: "L'homme ne peut pas se définir par rapport au néant. Il ne peut pas être indifférent à la question de savoir d'où il vient et où il va. Si l'homme se voit comme une fin en soi, il est l'homme-Dieu et je redoute qu 'il soit alors fondamentalement intolérant. Chaque homme a sa part de doute et sa part d'espérance... J'essaie de réfléchir sur la place des religions au sein de la République. La croyez-vous si faible, la République, pour être à ce point craintif?
Par ailleurs, à quel moment, à travers quelle proposition ai-je demandé un sort particulier pour l'Islam?
Je dis même le contraire en demandant que chaque religion ait les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Je ne demande aucun privilège pour l'Islam. Mais est-ce que les droits sont identiques quand on ne peut pratiquer sa religion dans les mêmes conditions?
"J'essaie d'être équitable pour éviter les humiliations et les frustrations qui nourrissent l'extrémisme... ».

(2)0n dit aux musulmans, renoncez aux influences et autorités étrangères pour construire vos lieux de culte et on a raison.
Mais on en tire la conclusion: pas d'argent public pour les financer. Quelle logique! Qu'est-ce qui se passe avec cette communauté cultuelle?
Elle est plus pauvre que les autres parce que ses membres sont les héritiers des immigrés qui sont venus dans les années 1960 fabriquer des voitures et construire des autoroutes....
A la République, le temporel, c'est-à-dire l'organisation de la vie telle qu'elle est; aux religions, le spirituel, c'est-à-dire la réflexion sur le sens et le pourquoi de la vie. On ne peut pas tout maîtriser dans l'univers du temporel. On ne peut pas tout rationaliser et tout expliquer.
C'est pour cela Nicolas Sarkozy est arrivé à la conclusion que l'intégration des musulmans, grand défi pour notre pays, avait tout à gagner à l'organisation d'un Islam de France et tout à craindre d'un Islam en France.
Une identité humiliée est une identité radicalisée, donc dangereuse. Si pour l'intégration, il préfère à l'assimilation. L'assimilation, c'est dire: "Je te digère."
L'intégration, c'est accepter l'autre tel qu'il est. Il faut rappeler la nécessité de respecter nos lois. Il faudrait une campagne nationale, un appel à la tolérance et à une laïcité apaisée.
N'est-ce pas l'intérêt de contribuer à l'installation d'imams formés en France plutôt que d'en importer de l'étranger ne parlant pas un mot de français?
Acceptons-nous comme nous sommes. Vivons nos différences dans la tolérance du regard des autres. Acceptons l'idée que la République ne peut pas répondre à tout.
Elle est faible quand elle croit répondre à tout, dialectique imparable, digne d'un politicien chevronné à la recherche de voix d'électeurs potentiels.
Dans son discours à Rome, le président Sarkozy, en sa qualité de "chanoine du Latran", dignité des rois de France, est revenu sur la laïcité. Ecoutons-le: «J'assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise.
Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle.
: « Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n 'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes.
Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation, regardent ensemble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures du passé...
» (4) Ce sont ces petites et ces grandes espérances qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort.
Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort".. "Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l'accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais, elles ne la comblent "
Le fait spirituel, c'est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale.

Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. IL existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu'il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part.
Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.
C'est pourquoi nous appelons de nos voeux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout"
.
Mais Sarkozy fait l'impasse sur une des règles essentielles de la religion musulmane, la condamnation à mort des apostats, l'impossibilité de changer de religion .
En définitive, que peut-on retenir? Nicolas Sarkozy veut redonner du sens à l'existence en dehors de la laïcité. Il pense régler en partie le problème des banlieues en investissant lui aussi le fait religieux musulman sous l'angle de la République par la recherche à tout prix d'interlocuteurs autres que la Mosquée de Paris.
C'est là qu'intervient l'installation plus que controversée du CFCM (Conseil français du culte musulman).
Ecoutons ce qu'en pense Mme Betoule Fekkar Lambiotte qui en faisait partie et qui a démissionné: « ...C'est ainsi que sur fond de tensions sourdes se sont déroulés les trois ans et demi de séances hebdomadaires dominés petit à petit par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF). L'assemblée annuelle tenue au Bourget était essentiellement une démonstration de force de la présence en France de l'idéologie communautariste ».(5)
Evaluant leur représentativité, elle ajoute: « Certes, elle est toujours fréquentée par un nombre important de Musulmans et une masse de curieux mais que représentaient-ils?
Mille personnes? Qu 'importe! Quel serait l'impact même de deux cent mille individus sur cinq millions? Ils agitaient impudemment le spectre des "jeunes musulmans de banlieue" qu'ils auraient seuls le pouvoir de contenir
».
Pour M.Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur et des Cultes, désireux de doter la France très vite d'une structure représentative de l'Islam, les négociations avec les seules forces en présence, l'OlF, la FNMF et la Mosquée de Paris, s'imposaient.
Ce qui a choqué gravement les membres de la Consultation, c'est que ces pourparlers aient lieu en catimini pendant un 'week-end"..
(5) On remarque ici que les "méthodes, voire les manoeuvres" pour ne pas dire combines, n'ont pas changé.
L'instrumentalisation et le bricolage, l'entente conjoncturelle avec les instances ayant la plus forte capacité de nuisance ont toujours le mode de traitement de la "chose arabe".
La République a beau adouber ces organisations en les qualifiant d'orthodoxes, elle ne représentent pas, écrit Betoule Fekkar Lambiotte, la majorité des Musulmans les plus nombreux vivent et pratiquent un Islam respectueux de la société française et constituent une des composantes...C'est un Islam de gestion qui a été officialisé et c'est là le grand malentendu".
Cette instrumentalisation ne sert pas la France qui fait le choix d'écarter ceux qui veulent parler valablement de la place de l'Islam dans la République loin de toute pression du nombre, réelle ou supposée.
La laïcité à la française présente un double visage, qu'avons-nous pas vu, Nicolas Sarkozy, au plus fort de "l'affaire du foulard" solliciter El Qardaoui en Egypte pour appuyer la nécessité de la compatibilité de l'Islam avec la démocratie?
Il nous rappelle un autre souvenir, celui de la sollicitation du Cheikh Mohamed Abdou d'El Azhar en lui demandant une "fetwa rendant licite le port du...béret".
Comme Soheib Bencheickh, le recteur de la Mosquée de Marseille, (fils de l'ex-recteur pendant un temps de la mosquée de Paris après le décès de Boubakeur père, et ancien du F.L.N.)qui ne fait pas partie du CFCM, nous sommes pour "La laïcité rien que la laïcité, toute la laïcité" .
II apparaît ainsi que l'exigence d'une redéfinition correspond en fait à un besoin de y clarification.
D'où la nécessité d'un débat pour redonner à la laïcité un contenu en adéquation avec les mutations de la société et du monde.
En fait, l'apaisement avec l'Eglise est venu parce que la République a, de fait, "laïcisé" les attributs de l'Eglise qui rythment d'une façon visible la vie des Français de religion chrétienne.

A.Kaberseli
(l).La République, les religions, l'espérance Editions du Cerf Paris 2004
(2).Religions, République, intégration Sarkozy s'explique. Propos recueillis par Denis Jeambar L'Express du 01/11/2004.
(3)Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran Rome, Palais du Latran, 20 décembre 2007
(4).Betoule Fekkar Lambiotte: La double présence, p. 28,30, 32 Editions Casbah Alger.


crédit: le Clin d'Oeïl mars 2008