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Un
Mont Saint-Michel dérangeant
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André Dufour apporte sa pierre au débat
initié par Arouet le Jeune au sujet de Sylvain Gouguenheim.
Le mythique Prométhée, grâce à qui nous sommes, dans
toute la faune de la Terre, la seule espèce capable de domestiquer le
feu, était-il Occidental ou Musulman ?
S’il faut en croire le Coran, c’est encore facultatif mais plus pour
longtemps, tout homme naît musulman. Si on peut donc se convertir au christianisme
ou au judaïsme, on ne se convertit pas à l’islam, on ne fait qu’y retourner
et on n’en sort que mort.
Mais comme bien plus tard Aristote, de même que nous en ce moment, Prométhée
s’en contrefichait, ne serait-ce que parce qu’il l’ignorait.
C’est de cette façon que nous devons tout à l’islam. Nous avons cru que
c’est aux Phéniciens, à travers les Grecs qui s’en sont inspirés, que
nous sommes redevables de notre alphabet qu’avant de savoir lire et écrire,
nous avons appris à épeler.
Erreur, puisque les Phéniciens comme les Grecs étaient musulmans sans
le savoir. On imagine ce que serait devenue notre civilisation sans cet
apport «musulman».
Naïvement nous avons cru que grâce aux Chinois, les Italiens nous ont
mis les vermicelles, spaghettis et autres pâtes dans nos assiettes ; il
paraît même que c’est à ces mêmes Chinois que nous sommes redevables de
la boussole, de la brouette et de la poudre qui fait la joie de nos artificiers,
de nos chasseurs et de nos artilleurs.
Erreur, puisque plusieurs millénaires avant l’hégire, chaque Chinois était
déjà né musulman sans le savoir.
Nous avons cru que c’est par les Amérindiens que nous connaissons le caoutchouc
qui fournit les pneus de nos voitures, les élastiques qui empêchent nos
slips de nous glisser sur les genoux et les préservatifs dont l’éclatement,
contrairement à la ceinture des islamistes, est susceptible d’engendrer
des vies, tandis que nos menus se sont enrichis de la dinde, du maïs,
de la tomate et des pommes de terre dont les Belges tirent leurs frites,
compagnons plus indissociables des moules que les Flamands ne le sont
des Wallons.
Oui mais puisqu’on se tue, pour ne pas dire qu’on nous tue, à nous enseigner
que chaque homme : amérindien, chinois, italien, flamand, wallon ou lapon
naît musulman avant d’en être éloigné par un endoctrinement mensonger.
Musulman ou pas, il n’y a donc pas de quoi en faire tout un plat, sachant
qu’ainsi va l’humanité, ainsi s’élabore la civilisation, ainsi progressent
nos connaissances. Par un contact pacifique ou hostile entre cultures.
Et ça se passe ainsi depuis les premiers balbutiements du genre humain.
Rien de surprenant non plus si à leur tour les Arabes, que l’islam conquérant
et colonisateur a fait surgir de leur péninsule désertique et culturellement
inféconde pour se répandre jusqu’aux rivages méridionaux de l’Europe et
même, à un moment donné de notre Histoire, jusqu’aux berges de notre Loire,
contribuent ensuite, grâce à la culture que les peuples soumis et «protégés»
leur ont transmise, à l’enrichissement culturel de l’Occident. Les historiens
sont des spécialistes, des savants et faute de contradicteurs, il ne reste
plus qu’à les croire sur parole.
Même si ce consensus est parfois pollué par des arrières pensées idéologiques
et politiques. Et voilà que Sylvain Gouguenheim, professeur d’histoire
médiévale, vient voiler ce ciel serein d’un nuage de doute porteur d’orages.
Sans contester l’apport des Arabes durant une période relativement courte,
il le relativise et en réduit la portée.
Avant d’envoyer son manuscrit à l’éditeur, Sylvain Gouguenheim aurait
dû, comme le font depuis quelque temps certains historiens, essayistes,
journalistes et autres personnes vivant de leur plume, solliciter l’imprimatur
de l’Institut du Monde Arabe et de l’O.C.I. Ça garantit la tranquillité,
ça attire les louanges de ceux qui ont l’échine plus souple que l’intellect
et ça peut même rapporter gros aux plus larbins.
Mais Sylvain Gouguenheim est avant tout un historien, un médiéviste et
un inlassable chercheur. Il n’écrit donc pas pour plaire, ni pour vendre
et encore moins pour toucher un bon pourboire.
Ça devient rare chez nombre d’intellectuels dont les recherches sont orientées
et encouragées par la perspective d’un bakchich. Dans sa permanente recherche
de la vérité, il se soucie peu de déranger.
Je comprends d’autant mieux ceux que Gouguenheim dérange que, je l’avoue,
je fais partie de ceux qu’Aristote au Mont St-Michel met dans une situation
inconfortable. Tout bêtement parce qu’il est inconfortable de remettre
en cause les idées reçues ; cela me rappelle ma déception d’écolier quand
un prof me dit que Charlemagne n’était pas barbu, détruisant ainsi l’image
d’un empereur à la barbe fleurie, ou, pour le militant de base, de découvrir
que son Parti Communiste bolchevik faisait réécrire son Histoire et en
retoucher les illustrations après chacune des nombreuses purges sanglantes
décidées par Staline.
Mais l’Histoire est une science pleine d’aléas. Elle a parfois du mal
à dégager la part de vérité du fatras embrouillé de mythes antiques ou
idéologiques. La certitude d’aujourd’hui risque toujours de vaciller sous
l’effet d’une ouverture d’archives jusque là inaccessibles, celle d’un
document inconnu jusque là ou, plus souvent, existant mais que personne
ne se donne la peine de consulter.
Comme tous ceux de ma génération, j’ai appris qu’avec les grandes invasions
et l’effondrement de l’Empire Romain avec toutes ses infrastructures économiques
et son réseau d’écoles, l’Europe était tombée dans la nuit noire du Moyen-âge
au point qu’elle avait perdu tout souvenir de ses sources helléniques.
Elle n’avait plus accès aux connaissances philosophiques, mathématiques,
astronomiques, médicales auxquelles seul l’esprit logique véhiculé par
le mode de pensée grec pouvait donner accès.
Fort heureusement il y avait les Arabes. Ce sont eux qui, en traduisant
dans leur langue les œuvres des philosophes et savants grecs, ont développé
une brillante civilisation musulmane. A leur contact, les frustes Croisés
n’avaient plus qu’à traduire de l’arabe au latin les ouvrages grecs sauvés
de la disparition et de l’oubli par les savants arabes.
Sachant qu’il n’y a pas de civilisation durable sans apports exogènes,
il ne me restait plus qu’à dire merci aux Arabes des 11ème et 12ème siècles
qui ont «sorti nos ancêtres des ténèbres médiévales et les ont guidés
vers la lumineuse «terre promise» de la Renaissance».
Par la suite, il m’est arrivé de me demander pourquoi l’accès tellement
tardif à la «science» arabe a permis à l’Occident de sortir aussitôt du
Moyen-Age et réaliser de prodigieuses avancées scientifiques, technologiques
alors que les «Arabes», qui étaient les "détenteurs de toutes les sciences
connues au Moyen-âge", peinent encore, en ce début du 21ème siècle, à
entrer dans l’ère de la Renaissance.
Dans Aristote au Mont St-Michel, Sylvain Gouguenheim remet tout à plat.
Nous avons pris l’habitude de faire l’amalgame entre une langue, une ethnie
et une religion. Avec la fulgurante expansion musulmane jusqu’au 12ème
siècle, l’Arabe était devenue une langue de communication «internationale»
adoptée de gré ou de force par les peuples soumis, généralement chrétiens
de diverses obédiences.
Les Chrétiens comme les Juifs du Proche-Orient, d’Afrique du Nord, d’Espagne
ou de Sicile s’étaient arabisés tout en restant fidèles à leur religion.
Au départ, l’arabe est une langue rudimentaire et sans écriture.
Qui peut citer le titre d’un livre en arabe datant d’avant le Coran ?
Lorsque l’islam s’impose, il règne sur une population encore majoritairement
chrétienne, sans oublier les Juifs, tous tolérés sous le statut de dhimmis,
c'est-à-dire de «protégés», que ce soit au Proche-Orient ou en Andalousie.
Pour les lecteurs d’Anne-Marie Delcambre, ce n’est pas une révélation.
Ce sont des Chrétiens de rite et de langue syriaque qui entreprennent
les traductions des Evangiles et des auteurs grecs en syriaque, une variante
de l’araméen ; ce sont eux qui, d’abord à l’usage des Arabes christianisés,
dotent la langue arabe d’un alphabet et enrichissent cette langue de termes
qui lui auraient ensuite fait défaut pour rédiger le Coran ou, a fortiori,
pour traduire Aristote, entre autres, ou des ouvrages grecs de médecine.
C’est donc à travers le filtre syriaque que les auteurs grecs sont traduits
en arabe. Mais «traduttore, traditore», on imagine les altérations et
confusions de ces textes successivement passés du grec au syriaque, du
syriaque à l’arabe et enfin de l’arabe au latin.
L’auteur rappelle aussi que ce que les arabes musulmans entendaient par
sciences ou savants n’avait rien de commun avec la conception grecque
de ces termes. Pour les Musulmans, le «savant» est celui qui connaît à
fond le Coran et les Hadiths. Le grec n’était alors d’aucun secours.
Ce sont donc essentiellement les «Arabes» chrétiens ou Juifs qui excellaient
dans la connaissance médicale cumulée avec celle de la philosophie, la
«falsafa», qui restait fort bridée chez les mahométans du fait qu’elle
n’était licite que dans la mesure où elle ne s’opposait pas à l’enseignement
musulman.
Mais Sylvain Guggenheim ouvre une autre voie jusque là peu explorée. Il
rappelle, références à l’appui, que le grec n’a jamais cessé d’être connu
en Europe.
D’une part, l’empire d’Orient dit Byzantin qui s’étendait de l’Anatolie
jusqu’au sud de l’Italie et plaçait Venise sous son autorité, était largement
hellénophone. Un érudit athénien, byzantin ou sicilien n’avait pas besoin
d’une traduction de l’arabe pour lire Aristote.
D’autre part, en Occident, des réseaux de monastères, dont celui du Mont
St-Michel, abritaient des moines copistes et traducteurs connaissant le
grec. L’auteur consacre un chapitre à Jacques de Venise dont, à ma grande
honte, je n’avais jamais entendu parler. Or les œuvres de ce traducteur
prolifique furent connues avant les premières traductions latines par
le filtre de l’arabe.
Comme le démontre l’auteur, point n’était nécessaire à l’Europe chrétienne
de passer par le filtre arabe pour effectuer une traduction en latin,
langue de culture commune des personnes instruites des pays catholiques.
Il convient cependant de faire ici un rappel. Quand nous parlons de livres,
nous avons en tête les bouquins qui garnissent les étagères des plus humbles
demeures et que nous pouvons nous procurer à un prix modique. Or, n’oublions
pas que jusqu’à la fin du 15ème siècle, les livres, copiés folio par folio
à la main, étaient rares et forcément très chers.
Il fallait en général en passer commande dans les monastères. Comme cela
se pratique encore aujourd’hui pour les Torahs, écrites à la main par
un «sopher», destinées aux synagogues, cela peut nous donner un élément
de comparaison des prix entre une Tora copiée à la main et une Tora imprimée
en offset. Un livre était une œuvre d’art et en coûtait le prix.
Et les bibliothèques ne pouvaient se constituer que grâce à la générosité
des mécènes Cela signifie que de toute façon, que ce soit en terre d’islam
ou en terre chrétienne, les livres ne touchaient qu’un nombre très restreint
de personnes.
De surcroît, eu égard aux difficultés de communication, l’érudit qui consultait
une œuvre grecque traduite en latin par le filtre de l’arabe pouvait ignorer
l’existence d’une version directe du grec au latin, beaucoup plus fidèle
à l’original.
Déjà traîné dans la boue pour avoir relativisé la dette envers l’islam
contractée par l’Europe chrétienne, l’auteur aggrave son cas dans son
dernier chapitre traitant des problèmes de civilisation et du dialogue
impossible entre le mode de pensée engendré par l’islam figé par le «sceau
du Prophète» et le mode de pensée «occidental» fusionnant judéo-christianisme
et hellénisme.
Il faut le lire pour comprendre, alors que l’Islam et ses larbins occidentaux
soutiennent que c’est à la culture arabe, sous entendant musulmane, que
l’Occident est redevable de toutes ses avancées, pourquoi la culture arabe
musulmane n’a rien engendré qui puisse se comparer à Shakespeare, Molière,
Leibnitz, Jean-Sébastien Bach, W.A. Mozart, sans parler des innombrables
peintres et sculpteurs, pourquoi c’est Mendel, un moine autrichien et
non quelque «savant» ès Coran qui a découvert les lois de la génétique.
Ce n’est pas l’homme arabe mais bien l’homme musulman qui est en cause.
Aristote a certes été traduit en arabe par des Chrétiens, mais l’islam
l’a enfermé dans une burka et n’en a rien retenu, en dépit de quelques
penseurs bien isolés.
J’ajouterais, puisque l’auteur se limite au Moyen-âge qui relève de son
domaine de compétence, que ce sont des Chrétiens libanais qui ont lancé
le premier quotidien en langue arabe et que les familles musulmanes aisées
confient leurs rejetons aux écoles chrétiennes plutôt que musulmanes.
Je n’ai pas connaissance de parents chrétiens qui confient leurs enfants
à des écoles musulmanes.
Or, les Chrétiens et les Musulmans de cette région sont aussi Arabes les
uns que les autres. C’est donc l’islam et non la «race» qui fait la différence.
«Aristote au Mont St-Michel» est un livre d’autant plus inacceptable par
les intellos collabos qu’il laisse entendre que ce sont les dhimmis, plus
particulièrement les Chrétiens arabophones ou arabisés et un certain nombre
de Juifs qui ont donné à l’Islam l’accès à la culture, et non le contraire.
Transporter la culture des autres sans l’assimiler est à la portée du
premier bourricot venu ; il ne cessera d’être un âne que lorsqu’il aura
lu et intégré ce qu’il transporte.
Dans le décompte des apports réciproques entre la culture musulmane et
la culture occidentale helléno chrétienne, le compte Islam présente un
solde largement débiteur.
© André Dufour pour LibertyVox
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Le baptême de
Clovis
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Note: L'article d'Arouet le Jeune auquel André Dufour fait référence:
La Batrachomyomachie de la science arabe
http://www.libertyvox.com/article.php?id=334
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