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La violence et l'islam
Murés dans leurs préjugés sur la mixité, les dirigeants
européens ont favorisé l'immigration et n'ont pas vu enfler
en celle-ci (Islamisation conquérante. État des lieux.
PAR RENE MARCHAND***
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Mahomet est arrivé à Médine
le 24 septembre 622. Il y a été
précédé par quelque cent
Mekkois, entrés par petits
groupes : la communauté des
premiers musulmans, qu'il a rassemblée
autour de lui en dix ans de prédication. C'est
un marginal d'une cinquantaine d'années,
ruiné, exclu de son clan (une mort civile infamante). Mais c'est aussi un prophète charismatique. A-t-il, comme le prétend la tradition
musulmane, été appelé à Médine, le plus
grand centre agricole d'Arabie, peuplé de
deux tribus arabes (venues du Yémen au
siècle précédent) et de trois tribus juives et où
les affrontements interethniques sont meurtriers, pour y exercer un rôle d'arbitre
suprême, de « premier magistrat » ?
La tradition se contredit quand elle révèle
que lui-même et ses compagnons étaient dans
une situation si précaire qu'ils n'avaient
d'autre recours que d'organiser des razzias
pour subsister. L'attaque de caravanes est
ancienne dans la culture arabe. Elle est même
souvent célébrée Uans la poésie. Mais, sur les
voies du Hedjaz, tronçon incontournable de
la grand-route Méditerranée-Orient « sécurisé » depuis des décennies par les Mekkois,
elle est alors strictement interdite. Elle s'apparente à de la piraterie.
En août 623, Mahomet prend en personne la
tête d'une expédition. Celle-ci échoue, comme
les six autres qu'il lance dans les mois suivants.
À Nakhia, petite oasis du Hedjaz, en janvier
624, une dizaine de musulmans, commandés
par un compagnon du Prophète, tendent une
embuscade à une petite caravane conduite par
quatre Mekkois. L'un de ceux-ci est tué. Combat
dérisoire, mais immense scandale ! L'attaque a
eu lieu en plein territoire mekkois, pendant le
mois de trêve observé par les tribus arabes à
l'époque du pèlerinage à La Mekke (antérieur
à l'islam). Les Médinois, qui risquent une
guerre avec leurs puissants voisins s'ils se solidarisent avec le groupe des musulmans, ne vont-
ils pas expulser les immigrés ? Pendant un mois,
Mahomet se tait... jusqu'à ce que la Révélation
justifie toute l'opération (Coran: 2.214.).
Le Coran devient alors ce
fourré-tout où se mêlent
questions religieuses,
imprécations contre
les Infidèles et appels
à la guerre sainte |
Le chef de la petite communauté musulmane a pris acte que, dans l'oasis pluriethnique déchirée sur elle-même, aucun parti
n'est en mesure de s'opposer à son groupe.
Un mois plus tard, après avoir levé une bande
où les immigrés sont renforcés par deux cents
Médinois, il attaque une grosse caravane
mekkoise, qui circule sans escorte armée. Il
ramasse un butin énorme. Désormais, jusqu'à sa mort, en 632, il multipliera les actions
violentes et les batailles rangées. La tradition
rapporte les faits comme autant de titres de
gloire dans les campagnes (maghâzî) de l'Envoyé d'Allah(1).
C'est pendant ces années que le Coran, qui
traitait jusque-là de questions que nous définirions, nous, Occidentaux, de proprement
religieuses (fins dernières de l'homme,
rituels), devient ce «fourré-tout» où les
imprécations contre les infidèles ou les mauvais musulmans et les exhortations à la guerre
se mêlent à des règles civiques, à des prescriptions touchant la vie privée... C'est alors que
l'islam prend sa figure définitive : un ensembleinsécable englobant religion, politique, droit
public et droit privé, morale - selon nos
termes - sous le signe du divin.
Par la suite, pour gérer leurs vastes
conquêtes, les khalifes (successeurs) vont
devoir compléter le corpus initial. Ils prendront comme règle un principe arabe, la
sunna, qui fonde le droit sur le précédent. Les
faits et dits du « beau modèle » (Coran : 23.21 ;
et passim) et de ses premiers Compagnons
(Coran : 48.18.) seront notés dans des recueils
(les hadîth). Après des manipulations diverses
par des factions rivales et « épuration » par les
pouvoirs en place, les hadîth constitueront,
avec le Coran, parole
de Dieu, éternelle
comme Lui, les matériaux de base de la
Loi (charia: shari'a).
L'islam ne cessera
d'affiner sa législation, toujours dans l'obsession d'un fondamentalisme, non d'inspiration, mais de stricte
imitation, qui interdit l'innovation: (bid'a).
La charia finira par recouvrir tous les aspects
de la vie humaine, enfermant le musulman
dans une sorte de « totalitarisme » sans équivalent dans l'histoire. Il est à noter que, jusqu'au choc avec l'Occident au XIXe siècle,
toutes les insurrections, tous les renversements de pouvoir, se donneront pour objectif le retour à l'islam des origines.

L'expansion par la violence est un devoir et,
comme tel, prescrit par le divin et, donc, non
discutable. Le butin, qu'il s'agisse de biens matériels ou d'êtres humains, est une récompense
d'Allah. Le monde est divisé entre la Maison de
l'islam et la Maison de la guerre. Avec les Infidèles, la ruse est licite et même recommandée.
Aucune paix n'est autorisée, sinon des trêves
d'opportunité et de durée limitée...
| Un islam sans volonté d'expansion par la
guerre est tout aussi inimaginable qu'un islam
sans contenu politique ou juridique ou
encore sans contrainte sur la vie privée. |
Au cours des cinquante dernières années,
comment les Européens ont-ils pu laisser un
système, qui se donne pour objectif sacré leur
asservissement, puis l'anéantissement de leur
civilisation, prendre pied sur leur territoire ?
Actuellement,
l'Union européenne
compterait vingt millions de musulmans
installés à demeure. Le
prénom le plus déposé
au bureau des naissances de l'état-civil, à Marseille comme à
Bruxelles, est Mohamed. Dans dix ans, la
«capitale de l'Europe» aura une population
majoritairement musulmane. Et la diaspora ne
cesse de croître, tant par sa fécondité interne
que par l'arrivée de nouveaux immigrés. Par
ailleurs, les conversions d'Européens de souche
à l'islam ne sont plus un phénomène quantitativement négligeable.
Un islam sans volonté d'expansion
est aussi inimaginable qu'un islam
sans contenu juridique ou sans
contrainte sur la vie privée
Il faut faire la part belle, sans aucun doute,
aux menées d'un certain patronat ravi de
pouvoir recruter une main-d'œuvre bon
marché et mal protégée, ou de politiciens de
gauche visant à constituer à leur avantage un
parti charnière, d'appoint. Il ne faut pas non
plus négliger l'air du temps, imprégné de
l'idée que l'internationalisme, le métissage, le
pluriculturel... régleront une fois pour toutes
les difficultés de l'existence humaine.
Mais, surtout, on doit tenir compte de
l'ignorance des Européens, qui ont défini l'islam par un de leurs concepts : une religion,
parmi d'autres.

Dans l'interprétation actuelle, une religion,
cela signifie quelque chose relevant uniquement de la sphère privée de chaque individu.
Donc, par là même, quelque chose à propos
de quoi il serait inconvenant et antidémocratique de légiférer. Au demeurant aussi
quelque chose appelé à s'effacer devant le Progrès si l'on en croit Auguste Comte et Karl
Marx. Pour qui veut analyser un fait de civilisation, les Européens ont commis la faute,
gravissime, d'ethnocentrisme.
Emmurés dans leurs idées fausses, ils n'ont
pas vu naître et enfler la réislamisation en cours
à la fois dans les pays musulmans et au sein de
la diaspora. Ils n'ont pas mesuré l'ampleur du
phénomène ni saisi sa nature. Ils n'ont pas
compris que les peuples musulmans étaient en
train de récupérer leur identité, affaiblie et malmenée par la parenthèse colonisation-décolonisation. Ils n'ont pas compris non plus qu'il
s'agit là de l'expression contemporaine de la
dynamique fondamentaliste involutive, qui est
un des traits génétiques de l'islam.
Un aveuglement de confort du même ordre
amène les Européens à nier l'existence d'une
intention de conquête de leur continent. Ils
ne redoutent le danger islamique que sous la
forme des attentats désordonnés de la nébuleuse terroriste.
Pour avoir eu connaissance de ce plan de la
bouche d'un «islamiste» en 1994 et en avoir
suivi la réalisation quasiment au jour le jour
depuis quinze ans, je suis en mesure d'affirmer son efficacité.
Mon interlocuteur m'avait révélé une stratégie de conquête subversive, « en peau de
panthère», portant
sur les lois, les coutumes et modes de
vie, puis sur les territoires eux-mêmes :
« Un jour, nous exigerons l'équivalent des
"places de sûreté" qui furent accordées aux protestants au XVIe siècle», m'avait-il dit.
Dans un premier temps, deux objectifs
étaient prioritaires:
- faire venir sur le continent le maximum
d'originaires des pays musulmans et les
réislamiser ;
— banaliser l'islam en Europe.
| "Si les indigènes européens se
révoltent, les Américains et leurs
alliés sauront vous imposer une
solution de compromis" |
Dans cette phase, la violence devait être
évitée. Cependant, elle pouvait être décidée
ponctuellement : pour faire pression sur un
gouvernement, rappeler aux pouvoirs publics
la puissance de la « communauté »... À un
certain moment, les peuples indigènes se
rebellant, elle deviendrait inéluctable. Mais,
avait conclu mon informateur, « les Américains et leurs alliés sauront bien vous imposer
une solution de compromis».

Dans ce conflit, nous avons jusqu'à maintenant perdu tous les combats sans même savoir
qu'ils nous étaient livrés. Ainsi, nous avons
subi une véritable déroute dans la bataille des
prénoms : tout enfant immigré reçoit désormais un prénom musulman, ce qui le rattache, à
jamais, ainsi que ses descendants, à la communauté musulmane.
Nous sommes en train
de perdre la bataille du
ramadan, qui permet de détecter les mauvais
croyants et de les punir en conséquence...
Cette action, qui ne pouvait pas ne pas être
dès lors que l'islam constatait notre avilissement selon ses critères et notre faiblesse à son
égard, est conduite par des mouvements nés
dans les villes pour contrer la colonisation et
l'occidentalisation. L'un des principaux est
celui des Frères musulmans, apparu en Egypte
dans les années 1920, avec le concours des services secrets britanniques, qui voulaient faire
pièce aux nationalistes. Ces hommes sont des
stratèges sachant jouer avec le long-temps et
des tacticiens rusés. Ils nous connaissent bien,
alors que nous ne savons rien d'eux. Ils reçoivent à profusion des subsides des pétrodynasties, obligées de se dédouaner de leurs alliances
commerciales et militaires avec l'Occident. Ils
sont assurés par ailleurs du soutien des dirigeants américains, républicains et démocrates,
pour qui l'islamisation de l'Europe est un
moyen radical d'empêcher la création d'une
Europe puissance (le discours prononcé
au Caire le 4 juin 2009 par Barack Hussein
Obama est révélateur). Enfin, ils bénéficient de
ces outils de propagande hors pair que sont les
télévisions satellitaires. Confortés par leurs
succès incessants et l'absence de réaction de
l'adversaire, ils sont persuadés que l'Europe
sera musulmane avant la fin de ce siècle et ils
ont convaincu de leur certitude la grande
majorité des musulmans dans le monde.
Face à cette offensive, quelle peut être la
réaction des Européens?
Tout d'abord, apprendre l'islam et l'arabe,
sa langue matricielle, qui, non indo-européenne, véhicule des concepts qui ne sont pas
les nôtres et dont la traduction peut être
source d'erreurs catastrophiques.
Sortir de nos islams rêvés : l'islam auquel
nous avons à faire face n'est pas l'islam en repli
et sous contrôle de l'Algérie française ou de la
Turquie kémaliste, ni l'islam mystique de
René Guenon ou de Massignon.
Renoncer à l'espoir d'une réforme de l'islam, qui n'est demandée par aucun musulman - sinon, en Europe, par de petits malins
- et qui est sans doute impossible.
Nous interroger aussi sur ce qui attire,
exalte, meut les musulmans en guerre, particulièrement les new born et les convertis agissant en Europe.
La réponse est difficile à comprendre pour
nos dirigeants et nos intellectuels formatés sur
l'idée de la primauté de l'économie. L'islam
apporte avant tout
une identité à des
individus ou à des
peuples bousculés ou
humiliés dans leurs
valeurs et manières
d'être, étrangers à
notre culture ou la récusant. Cette identité a
prévalence sur toute autre : ethnique ou nationale. .. On en hérite ou on s'y rallie, mais on ne
peut en sortir sous peine de mort (le péché-crime d'« apostasie»). Elle est exigeante, avec
une hiérarchie claire des valeurs. Elle comporte
de multiples devoirs, qui, immédiatement,
structurent et mettent fin à la névrose des interrogations et des changements née de notre
relativisme. C'est bien autre chose qu'un papier
de naturalisation ou une carte de séjour.
| Toute identité forte offre
un cadre pour la réalisation de soi
un projet de développement
personnel et de dépassement
|
Le retour à cette identité, ancestrale, originelle, suscite la fierté d'appartenance, par la
distinction nette avec les autres - tous les
autres -, mais aussi par la référence à des
siècles de gloire, à des victoires sur l'ancien
colonisateur, le croisé - cela dans un système
linguistique sémitique où l'histoire de l'islam
prend place dans un inaccompli, un en-cours,
qui place les faits d'hier sur le même plan que
l'actualité d'ici et maintenant.

Autrement dit, l'islam offre un cadre pour
la réalisation de soi (« un besoin vital de l'individu », selon le psychologue américain Abraham Masiow), un projet d'ontogenèse, et sous
le signe valorisant du sacré, qui appelle au
dépassement, jusqu'au sacrifice de la vie. «
L'islam représente, pour des centaines de millions
d'hommes, et pour longtemps, ce qui précisément nous quitte, un ordre spirituel et moral»
(
Claude Imbert,
Ce que je crois),
Ajoutons que l'islam
apporte aussi dans nos
banlieues la justification d'une « virilité »
affirmée, de l'esprit de
bande, de la transgression et de la violence
en territoire de conquête... plus les flots d'argent venus du Proche-Orient
.
Face à ces facteurs de réislamisation, que
peuvent les luttes contre la discrimination,
les « plans-banlieue », les tentatives de constitution d'un islam à la française, compatible
(comment?) avec les lois de la République ?
Rien. Strictement rien.
Seule la prise de conscience nette de la stratégie de conquête et la mise en œuvre d'une
stratégie de contre-offensive peuvent arrêter
la déferlante. Les Européens ont à sortir du
piège «islam-religion», véritable cheval de
Troie des conquérants. Il leur appartient de
définir un statut juridique de l'islam en
Europe qui prenne en compte toutes les composantes de cette entité complexe.
À l'intérieur de leur territoire, qu'ils appliquent leur justice - la justice, une notion forte
en islam - et ne cèdent rien, non seulement
sur leurs valeurs, mais aussi sur leurs
manières d'être (deux volets indissociables
au regard de l'islam), sous peine de passer
pour des hommes sans honneur, donc vaincus d'avance.
Pour l'extérieur, «justice» se dit «réciprocité » : encore une notion qui sera facilement
comprise par les musulmans.
À ces conditions, nous pourrions arriver
très vite à une coexistence entre islam et
Europe sur la base de la considération, du respect mutuel («respect»: un mot à connotation sacrée en islam).
Comme le prévoyait mon interlocuteur
«islamiste», il est probable que l'Europe se
réveillera. Un jour, les peuples refuseront de
se laisser asservir, de laisser tuer leur civilisation. Ils relèveront le « défi» (au sens fort
que donnait à ce mot Arnold Toynbee).
Alors, la confrontation sera plus ou moins
ample et longue.
Tirons sans attendre les leçons de l'histoire
de nos défaites. Pensons au sort des Byzantins
et des Perses, qui sous-estimèrent la capacité
de conquête de ces Arabes qu'ils croyaient
connaître et qu'ils méprisaient.
1. Le lecteur de langue française peut avoir accès,
dans leur intégralité, à deux textes qui sont à l'origine de la Tradition musulmane de la vie du Prophète: Ibn Ishàq (+ vers 750), Muhammad, Les Éditions Albouraq, Beyrouth, 1992; Tabarî (839-923), La Chronique (partie : Mohammed, sceau des
prophètes). Actes Sud, 1980-83.
*** Ancien élève de l'École nationale des langues orientales vivantes, licencié de langue et littérature arabe (Sorbonne), René Marchand a fait l'essentiel de sa carrière professionnelle dans l'audiovisuel, comme journaliste, producteur, cadn: supérieur, il a publié La France en danger d'islam. Entre ï\[ïàd et Reconquista (2002, L'Age d'homme; réédition augmentée: 2008, Éditions du Trident) et Mahomet. Contre enquête (2006, Éditions de l'Échiquier).
Crédit: N°62 de La Nouvelle Revue d'Histoire
Pour ceux que la Nouvelle Revue d'Histoire intéresse...cliquer ici
Mis en ligne le 8 septembre 2009