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STUPEUR Ahmed Aboutaleb, un marocain à la mairie de Rotterdam
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« Cela risque bien que l'on ait pareille situation en France...
 Ahmed Aboutaleb, 47
ans, travailliste d'origine marocaine, a été
nommé le 16 octobre
maire de Rotterdam. Premier "
allochtone " à avoir accédé à un
poste gouvernemental en 2007, l'actuel secrétaire d'Etat aux Affaires
sociales a été aussi le premier fils
d'immigré à prendre les commandes
d'une grande ville, en janvier 2009.
Fils d'imam, arrivé aux Pays-Bas
à l'âge de 16 ans, Ahmed Aboutaleb
va prendre les rênes de la seconde
ville néerlandaise. Rotterdam, 558
000 habitants, n'est pas seulement
importante pour l'économie du
pays, avec son grand port et ses
industries. Berceau de la droite
populiste, la ville est aussi un laboratoire de la société néerlandaise.
Les communautés immigrées y
représenteront 54% de la population
en 2020, selon les statistiques de la
ville. Entre discrimination rampante
et islam voyant, Rotterdam conden-
se un malaise exploité sans relâche
par les populistes de droite de
Leefbaar Rotterdam (Rotterdam
vivable), principale force d'opposition au conseil municipal.
Travailliste, Ahmed Aboutaleb
appartient au Parti du travail
(PVDA), qui compte le plus d'électeurs et d'élus locaux " allochtones
", comme on appelle les immigrés
aux Pays-Bas. Du coup, sa famille
politique est aussi celle qui a le plus
de mal à faire face à la crise du
modèle multiculturel. Ne voulant
froisser personne, la plupart de ses
leaders marchent sur des oeufs dès
qu'il s'agit d'immigration, le grand
débat de ces dernières années.
Ahmed Aboutaleb évite les
grands discours sur l'intégration.
N'en est-il pas lui même l'un des
exemples les plus probants ?
Ingénieur de formation, ex-joumaliste, ancien porte-parole du Conseil
économique et social (SER) puis du
Bureau central des statistiques
(CBS), il a aussi dirigé l'association
multiculturelle Forum. En politique,
il a gravi les échelons tout aussi
vite. Elu conseiller municipal à
Amsterdam en 2002, il a été promu
maire-adjoint chargé de l'éducation
et de la diversité en 2004. A ce
poste, il s'est fait connaître comme
musulman pratiquant et grand
défenseur du " modèle des polders
", basé sur le dialogue et le consensus.
Protection rapprochée jour et
nuit
A la mort du cinéaste Théo van
Gogh, un critique féroce de l'islam,
poignardé et égorgé en pleine rue
par un jeune islamiste néerlando-
marocain, le 2 novembre 2004,
Ahmed Aboutaleb a été en première
ligne, aux côtés de Job Cohen, le
maire d'Amsterdam, pour gérer la
crise qui a suivi. Le soir même du
meurtre, il a appelé la communauté
marocaine à signaler aux autorités
tout individu " risquant de franchir
la ligne jaune ". Ce faisant, il s'est
forgé une image de collabo auprès
d'une partie de sa propre communauté. Depuis, il vit sous protection
rapprochée, jour et nuit. Il n'a pas
pour autant perdu son franc-parler,
trouvant " drôles " la plupart des
caricatures danoises ayant faitcontroverse fin 2005, ou conseillant
aux femmes de " retirer la burqa ",
ce voile islamique qui couvre l'intégralité du corps et du visage, " avant
d'aller chercher du travail ".
Donné comme éventuel ministre
de l'Education, de l'Intégration ou
des Affaires sociales, Ahmed
Aboutaleb n'a finalement obtenu
qu'un secrétariat d'Etat en février
2007, dans une nouvelle coalition
de centre-gauche. Malgré son
respect marqué pour les valeurs
néerlandaises, - débat, liberté de
culte et d'expression -, sa présence
au gouvernement n'a pas manqué de
faire polémique. Le Parti pour la
liberté (PVV) du député ultra-
conservateur Geert Wilders a remis
en question la présence d'un
Marocain au sein de l'exécutif.
Comme la plupart des 350 000
Marocains vivant aux Pays-Bas,
Ahmed Aboutaleb a en effet la double nationalité.
Face à l'ampleur prise par le
débat sur son cas, Ahmed
Aboutaleb est sorti de son habituelle réserve, en mars 2007, pour dire
sa " colère ". Il a dénoncé le " courant de fond, dans la société néerlandaise, qui ne veut pas de moi ici
". Aujourd'hui, le PVV proteste à
nouveau contre sa nomination à
Rotterdam. Il n'empêche. Le travailliste néerlando-marocain a bel
et bien succéder au libéral Ivo
Opstelten en janvier dernier. Et
continuer de faire son chemin en
politique, un parcours sans faute,
pour l'instant, dans un pays tourmenté.
Colère à Rotterdam pour le premier hôpital islamique
A priori, Rotterdam n'a rien
contre la construction du premier
hôpital islamique du pays. Le
conseil municipal de la deuxième
ville des Pays-Bas a rejeté, le 29
septembre, une motion de la droite
populiste visant à interdire ce projet. "C'est un pas en arrière vers le
Moyen Age", a protesté le parti
Leefbaar
Halal.
C'est un Néerlandais de souche,
Paul Sturkenboom, qui est à l'origine du projet. Ancien patron de
Slotervaart, l'un des plus grands
hôpitaux d'Amsterdam, cet homme
d'affaires de 55 ans, spécialisé dans
le sauvetage d'hôpitaux déficitaires,
veut construire d'ici à 2008 un centre hospitalier où tout serait conçu
pour les musulmans (1 million aux
Pays-Bas, 5 % de la population). La
nourriture sera halal et la présence
d'un imam permanente, a-t-il
annoncé. Hommes et femmes
seront séparés, les femmes étant
soignées par des femmes et les
hommes par des hommes. Le personnel, 45 médecins et 275 infirmiers, n'aura pas nécessairement
besoin d'être musulman, a précisé
Sturkenboom, mais devra "naturellement se montrer respectueux de
cette religion".
Geert Wilders, un député indépendant ultraconservateur, a
demandé des explications au gouvernement sur un projet qui relève à
ses yeux de "l'apartheid".
Sturkenboom, lui, entend exploiter
une demande insatisfaite sur le marché. "Il existe aux Pays-Bas une
centaine d'hôpitaux fondés sur des
principes chrétiens, justifie-t-il,
mais aucun pour les musulmans.
Ces patients sont souvent confron-
tés à des problèmes, notamment de
nourriture."
Dans le royaume batave, l'intégration des immigrés fait l'objet
d'un intense débat depuis la montée
de la droite populiste, après les
attentats du 11 septembre 2001.
Cette intégration repose largement
sur le principe du communautarisme : à chacun ses écoles, ses chaînes de télé, ses syndicats et ses
hôpitaux, sur le modèle qui a prévalu pour les catholiques, les protestants et les athées jusqu'aux années
60. Les immigrés turcs et marocains
sont arrivés dans le pays au moment
où cette organisation en trois
"piliers" commençait à se défaire.
Ils ont malgré tout pu construire
450 mosquées, ouvrir une quarantaine d'écoles islamiques et lancer
d'innombrables associations, avec
l'aide de l'Etat.
Préceptes. Aujourd'hui, le secteur privé courtise la clientèle
allochtone. La société nationale de
télécommunications KPN a ainsi
lancé, le 26 septembre, la marque
Ay Yildiz, un service de téléphonie
mobile pour Néerlando-Turcs avec
bas tarifs vers la Turquie,
l'Allemagne et la Belgique. La
banque Rabobank planche, elle, sur
une formule de crédit immobilier
qui respecterait les préceptes de l'islam. De son côté, la société éditrice
des quotidiens De Volkskrant et
NRC Handeisbiad a annoncé, le 28
septembre, un projet de journal spécialement destiné aux immigrés.
Repris de Libération
Crédit:Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°178 - Octobre - 2009
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